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Tribune libre

120123Franchement la comparaison avec Mitterrand relève de la dérision. Le brillant discours du Bourget prononcé ce 22 janvier par Monsieur Hollande pour sa campagne ne saurait impressionner que les tout jeunes gens et les maquettistes du Figaro. Ces derniers titrent fort abusivement à la Une de leur édition papier du 23 : "Hollande flatte sa gauche".

Mais de quelle gauche s'agit-il ?

Sur de nombreux thèmes de société, pour complaire aux amis de M. Delanoë ou de M. Bergé, et pour déplaire à ceux de Mme Boutin, on a habilement brodé pour donner un peu de lustre aux programmes les plus éculés. Adoption, mariage, théorie du "genre", contre-culture, tout cela ne coûte pas cher, pourquoi se le refuser quand cela rapporte des voix ? Doublement du plafond du livret A, blocage des loyers, toujours l'illusion, toujours la poudre aux yeux, toujours des slogans aguicheurs qui ne résolvent aucun problème mais qui au contraire les aggravent tous ! 

Comme on va le voir, la seule idée un peu évolutive porte en fait sur la laïcité. Pas vraiment novatrice dira-t-on. Certains pourraient y voir un retour au point de départ, c'est-à-dire à l'époque de la victoire du parti radical en 1902. Le nouveau laïcisme est arrivé.

Le candidat de la gauche sait se faire applaudir de salles acquises d'avance, celles qui attendaient depuis les primaires que leur champion entre en lice. Mais il peine, de toute évidence, à racoler auprès de ce qu'on appelait autrefois dans la rhétorique du PCF les "larges masses prolétariennes". L'électorat ouvrier ne semble guère non plus s'intéresser à la campagne Mélenchon qui, certes, pose un problème à l'aile gauche du PS, un problème philosophique, un problème de positionnement, un problème d'état d'âme. Mais celle-ci semble, pour l'instant, voué à ne recueillir que 2 % des intentions de vote au premier tour dans la catégorie sociale autrefois préférée des marxistes. Faible apport en vue du second tour.

Pour complaire à la petite extrême gauche, pour se ménager au second tour les suffrages et les ralliements de la nuée des structures militantes et de leurs réseaux, le président du Conseil général de la Corrèze n'a pas hésité à s'afficher en compagnie de Hessel. (1)⇓ Ça ne mange pas de pain. Et cela en distribue encore moins aux affamés. Le vieil exhibitionniste de l'indignation gratuite prend ici une dimension disproportionnée. On la jugera hélas à la mesure exacte des 4,5 millions d'acheteurs mondiaux de son livre creux mais d'excellente vente.

 

La suite sur http://www.insolent.fr/2012/01/la-gauche-regressive-de-monsieur-hollande-.html

 

Cher Président,

Le 17 janvier 2012 j’ai reçu une lettre recommandée de notre présidente me signifiant mon exclusion pour ma dite  appartenance aux Jeunesses Nationalistes.

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En effet, le 14 janvier dernier j’ai participé à la manifestation organisée par Alexandre Gabriac en hommage à ceux qui sont tombés en Afghanistan. Vous ne pouvez pas, comme moi, avoir été insensible à ces dizaines de soldats français sacrifiés pour des intérêts qui ne sont pas ceux de la France.  

 

Je me permets aujourd’hui de vous écrire cette lettre ouverte comme un cri du cœur car je pense que mon exclusion a été brutale, excessive et injuste. Je n’ai eu aucun appel, aucune lettre et j’étais loin d’être la seule membre du Front National présente à cette manifestation. Je n’ai même pas eu le droit à une commission de discipline, après 9 ans d’adhésion, ce qui est contraire aux usages du mouvement.

La première fois que j’ai été en contact avec vous j’avais 2 ans, je vous portais les fleurs à la fin d’un de vos meetings à Nantes.

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Ma première adhésion au Front National date de 2003, j’avais 13 ans. Depuis lors, je milite activement et j’ai pris des responsabilités dès que l’on m’en a jugée digne, c'est-à-dire en 2005, à l’âge de 15 ans. J’ai été responsable départementale FNJ de Loire-Atlantique. J’ai fait votre campagne présidentielle en 2007 dans l’équipe des Jeunes avec Le Pen. Suite au congrès de Bordeaux, je suis élue membre du comité central à l’âge de 17 ans, soit la plus jeune élue à ce jour.

 

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Par la suite, j’ai été responsable régionale de Pays de la Loire et de Bretagne et membre de la coordination nationale du FNJ durant 3 ans.

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Au dernier congrès, j’ai été réélue au comité central à la 48ème position.

Lors du congrès, d’abord soutien de Marine Le Pen j’ai décidé de soutenir Bruno Gollnisch pour dénoncer l’attitude de l’équipe mariniste, dont David Rachline qui s’employait quelques mois avant l’échéance à purger les éléments pro Gollnisch du FNJ. J’ai en effet toujours été attachée au rassemblement et à l’unité du mouvement. Mais après le congrès les purges ont continué ; purges concernant essentiellement des soutiens de Bruno Gollnisch.

Si je vous écris cette lettre c’est parce que je vous dois des explications. Parce qu’étant au Front depuis toute petite et ayant vécu la scission je ne supporte pas les traitres, tout comme vous. Je vous écris pour vous dire que je pense être restée fidèle à mes idées. Aux idées que je vous vois défendre depuis toujours. Oui, je pense vous être restée fidèle.

Tout comme moi Alexandre Gabriac était adhérent depuis ses 13 ans, nous avons milité ensemble au FNJ pendant des années et vous savez aussi bien que moi que c’est un bon militant, un nationaliste sincère et dévoué. Etant viré du Front, ce que vous avez dénoncé d’ailleurs, il n’est pas de ceux qui restent sans rien faire. Le nouveau FNJ, préférant les jeunes sarkozystes aux fidèles Lepénistes, est devenu un repoussoir pour nous les révolutionnaires.

Le FNJ était un mouvement de jeunesse fier de son chef, basé sur le militantisme, l’amitié, la formation doctrinale. A écouter le nouveau secrétaire général Steve Briois, il ne faut pas rester sur le combat des idées, il faudrait sourire à l’électeur pour avoir sa voix. Il ne faut plus se concentrer sur le travail de terrain mais faire confiance à nos chers médias pour nous aider à prendre le pouvoir.

Alors oui, je n’ai pas été disciplinée face à la nouvelle direction du FNJ. Oui, j’ai préféré rester lepéniste plutôt que de devenir mariniste parce que je ne supporte pas l’idée que de petits arrivistes viennent aujourd’hui expliquer à des militants de longue date ce qu’est ou ce que doit être le Front. Je ne supporte pas l’idée que l’on fasse peu à peu disparaitre la flamme, que l’on surveille vos interventions, que l’on veille à ce que vous ne « dérapiez » pas ou que l’on censure certains de vos propos dans le journal de bord. Oui, je pense que le Front National existe encore aujourd’hui grâce à des adhérents dévoués, des gens de valeurs qui défendent un idéal et s’y tiennent. Des militants de terrains qui ont tenu le mouvement à bout de bras au moment des échecs électoraux. Des gens qui aujourd’hui se voient dicter une ligne de conduite bien différente et de plus en plus aberrante par des ralliés de dernière minute ou des traitres responsables de la scission de 1998 et qui reviennent du MNR pour nous donner des leçons de fidélité…

Que les choses soient claires, je soutiens la candidature de Marine Le Pen aux élections présidentielles de 2012, mais je m’interroge sur l’avenir de notre mouvement lorsque je vois que l’on vire comme des chiens des militants qui étaient là depuis 20 ans, soit disant « nostalgiques », parce qu’ils ne correspondent pas à la nouvelle politique de dédiabolisation, parce qu’ils refusent de rompre des amitiés avec certains que le nouveau club de Marine Le Pen a désigné comme indignes de la carte d’adhérent ou encore parce que l’on se rend à une manifestation qui n’est pas organisée par le Front National. Faudrait-il pratiquer le repentir comme les autres ou se laisser broyer par le jeu du politiquement correct sans que cela n’aide en rien puisque nous sommes un parti protestataire. M’aurait on exclue si j’avais été à une manifestation de la Gay Pride ou organisée par les jeunesses identitaires ? Je suis moi aussi nostalgique du temps où le FN était réellement un front et non un parti à pensée unique qui vire le moindre individu qui risquerait de rappeler ce que sont les racines du Front National.

 

Aujourd’hui, je comprends la démission de Roger Holeindre.  

 

Depuis petite, je garde en mémoire l’une de vos citations : « Si tu veux que ton sillon soit droit, accroche ta charrue aux étoiles ! ». Vous avez été l’une de mes étoiles, celle qui m’a permis de commencer à tracer mon sillon et je tiens aujourd’hui à vous en remercier. Mon sillon est resté droit et je pense, contrairement à M.Briois, que le combat des idées est important. Le Front National est un outil, c’était jusqu’il y a peu le meilleur pour moi. Il y a aujourd’hui un potentiel considérable qui ne demande qu’à être exploité. Il y a en France une jeunesse révoltée qui refuse d’être étrangère dans son propre pays et qui ne demande qu’à s’exprimer. Si le nouveau FNJ a peur de cette jeunesse et de ses débordements tant pis. Et puisque de toute évidence, sous prétexte de potentiel électoral on en perd son âme et ses racines je ne demande pas à ce que mon cas soit réétudié. Puisque le Front National ne veut plus de moi je me sépare avec regrets de cette carte que j’avais depuis 9 ans.  

 

Je n’étais membre d’aucune autre formation politique que le Front National jusqu’à mon exclusion. J’étais en revanche à chaque manifestation qui défendait nos valeurs parce que c’est ici que préfère s’exprimer la jeunesse et non dans les urnes. Le combat de demain se fera dans la rue, parce que c’est ce qui nous appartient, ce qui nous a été pris en partie et ce que l’on doit récupérer. Je rejoins dès à présent les Jeunesses Nationalistes. Les petits agités qui m’ont « débusquée » seront ravis, ils doivent avoir du temps à perdre en commérages puisqu’ils préfèrent surveiller les militantes et militants sur les réseaux sociaux que de chercher des signatures de maires alors que Marine en a moins de 300…  

 

Mon intention n’est pas de donner quelque leçon que ce soit ou de régler des comptes par amertume ou colère. Je tenais à pouvoir vous dire, Monsieur le Président, que je trouve injuste d’avoir été exclue sans avoir pu m’expliquer. Malgré tout ce que l’on peut dire de moi je vous suis restée fidèle, je le pense sincèrement. Je tenais via cette lettre à vous dire combien je vous suis reconnaissante parce que ce sont vos discours qui ont éveillé chez moi une conscience politique et cette envie de militer. Vous resterez pour moi un grand homme. Un homme qui aura essayé de rassembler tous les nationaux et patriotes amoureux de la France et de son histoire.
Malgré mon orgueil, c’est en fille reniée par sa famille que je vous supplie aujourd’hui, vous mon président, de croire en ma sincérité. Quoi que m’en coûte ce combat je resterai fidèle à mon devoir d’amour et de service envers mon pays.

Avec mon plus grand respect et mes sentiments les plus nationaux.

 

Laura LUSSAUD.

Dans un article d’une rare partialité que Le Monde en date du 27 janvier 2012 consacre au Rwanda, MM. Christophe Ayad et Philippe Bernard me citent de la manière suivante : 

  

« En 2004 il (Jean-Pierre Chrétien) a participé à une commission d'enquête citoyenne, mise en place par l'association Survie, pour dénoncer le rôle de la France. Cela a valu à Jean-Pierre Chrétien de virulentes attaques de l'historien Bernard Lugan, ancien maître de conférences à l'université Lyon-III, proche de l'extrême droite. Ce dernier a écrit plusieurs ouvrages pour innocenter François Mitterrand, l'armée française et l'Eglise catholique au Rwanda (François Mitterrand, l'armée française et le Rwanda, éditions du Rocher, 2005). Il a témoigné en faveur de génocidaires hutu poursuivis devant le TPIR ».

 

 

Le lecteur du Monde aura retenu trois choses :

 

1) Je serais « proche de l’extrême droite », jugement de valeur permettant de sous-entendre que je ne suis pas crédible et donc par avance disqualifié.

 

2) J’aurais écrit « plusieurs ouvrages pour innocenter François Mitterrand, l'armée française et l'Eglise catholique au Rwanda ». L’emploi du mot « innocenter » a son importance car il signifie que pour MM. Ayad et Bernard, le président François Mitterrand, l'armée française et l'Eglise catholique seraient coupables ou pour le moins complices de ce génocide…

Est cité à l’appui de cette affirmation un livre datant de 2005 dans lequel je défends très exactement le contraire de ce que prétendent me faire dire les journalistes du Monde. J’y reprends en effet en la développant l’idée centrale d’un précédent livre[1] qui est que les conditions du génocide résultent de l’engagement pro Hutu de l’Eglise catholique en 1959, puis de l’obligation démocratique imposée par François Mitterrand au président Habyarimana à partir de 1990…L’on chercherait en vain dans cette problématique une tentative visant à « innocenter » le président Mitterrand et l’Eglise catholique. Quant à l’armée française comme elle a quitté le Rwanda fin 1993, soit plus de six mois avant le début de ce génocide, elle n’a effectivement aucune responsabilité dans ce drame contrairement à ce que certains obligés de Kigali cherchent à faire croire.

 

Les journalistes du Monde sont donc pris en défaut de « bidonnage » car :

- ils n’ont manifestement pas lu mon livre,

-  ils tirent directement leurs « informations » de sites informatiques spécialisés dans les dénonciations de basse police.

- Ils omettent en revanche de mentionner un ouvrage plus récent dans lequel je fais le bilan de la question, notamment à travers les travaux du TPIR[2].

 

3) J’aurais « témoigné en faveur de génocidaires hutu poursuivis devant le TPIR », ce qui serait la suite logique des points 1 et 2. En effet, qu’attendre d’autre d’un « proche de l’extrême droite » qui a osé écrire « plusieurs ouvrages pour innocenter François Mitterrand, l'armée française et l'Eglise catholique au Rwanda »?

Le problème est que je n’ai jamais « témoigné en faveur de génocidaires hutu poursuivis devant le TPIR ». A quel titre d’ailleurs aurais-je pu le faire puisque je n’étais pas au Rwanda au moment du génocide et que je n’ai donc pas été le « témoin » des faits qui leur sont reprochés ? En revanche, connaissant intimement le Rwanda où j’ai enseigné et mené des recherches archéologiques durant plus de dix années, pays auquel j’ai consacré deux thèses dont un Doctorat d’Etat en six tomes, j’ai, pour ces raisons académiques, été six fois assermenté comme Expert par la Cour à laquelle j’ai remis des rapports totalisant près de 2000 pages[3]. Le document joint en annexe et qui émane du Greffe du TPIR permet de mettre en évidence la grave faute déontologique commise par les deux journalistes du Monde.

A leur décharge, il est utile de préciser qu’ils ignorent peut-être que le TPIR étant régi par les règles juridiques anglo-saxonnes, il n’y existe pas d’Experts de la Cour comme en France et que les Experts cités y sont proposés aux Chambres par les parties (Accusation et Défense). Pour chaque affaire, ces experts doivent renouveler leur accréditation, processus long et fastidieux au terme duquel ils sont soit récusés, soit acceptés et dans ce dernier cas, ce n’est qu’après avoir prêté solennellement serment qu’ils deviennent selon le terme anglo-saxon « Witness Expert ».

Le contre-sens fait par les journalistes du Monde pourrait donc s’expliquer soit par une désolante mauvaise foi, soit par une maîtrise incertaine de la langue anglaise ajoutée à des connaissances fragmentaires concernant la Common Law.

 

La « morale » de cette affaire est claire et elle tient en deux points principaux :

 

1) Nous avons ici la parfaite illustration du naufrage de la presse française qui a perdu une grande partie de sa crédibilité en raison de son Maccarthysme, du formatage et des insuffisances de ses journalistes. Cette presse militante et moribonde qui ne survit que par les aides de l’Etat et les abonnements institutionnels n’a d’ailleurs plus aucune influence à l’extérieur de sa niche écologique parisiano-conformiste.

2) Je ne ferai pas de droit de réponse et cela pour deux raisons : la première est qu’il serait caviardé et la seconde parce que je touche beaucoup plus de lecteurs et plus rapidement, avec un simple communiqué diffusé par internet. D’autant plus que nombre des visiteurs de mon blog font suivre mes communiqués à leurs réseaux, ce qui en démultiplie les effets.

 

Bernard Lugan

28/01/12


[1] Rwanda: le génocide, l’Eglise et la démocratie. 234 pages, 22 cartes, Le Rocher, 2004

[2] Rwanda. Contre-enquête sur le génocide. 330 pages, 10 cartes, Privat, février 2007.

[3] Expert assermenté par la Cour dans les affaires Emmanuel Ndindabahizi (TPIR-2001-71-T), Théoneste Bagosora (TPIR-98-41-T), Tharcisse Renzaho (TPIR-97-31-I), Protais Zigiranyirazo (TPIR-2001-73-T), Innocent Sagahutu (TPIR-2000-56-T), Augustin Bizimungu (TPIR- 2000-56-T). Commissionné dans les affaires Edouard Karemera (TPIR-98-44 I) et J.C Bicamumpaka. (TPIR-99-50-T). La synthèse de ces rapports a été faite dans Bernard Lugan (2007) Rwanda : Contre-enquête sur le génocide. Privat.

François Terré. Ce membre de l'Institut a signé une courageuse tribune,
"Génocide arménien: pitié pour la liberté de l'historien", dans "Le Figaro"
(21 décembre): "Le précédent de la loi du 13 juillet 1990, dite loi Gayssot,
a pourtant déjà marqué en France une heure sombre dans le déclin des
libertés: en résultat en effet, à rebours de progrès vieux de deux siècles
de l'Etat moderne, la résurgence du délit d'opinion. Cela consista à
introduire un article 24 bis dans la loi du [29] juillet 1881 sur la presse,
sanctionnant la contestation de la Shoah (...) La loi Gayssot, député
communiste soutenu notamment par les socialistes, était et demeure odieuse.
Elle constitue une régression majeure par rapport à des libertés
fondamentales (...) S'il est vraiment une loi qui aurait dû être annulée par
le Conseil constitutionnel, c'était bien la loi Gayssot."

 

On rappellera que, dans "Le Figaro" du 29 juin 1990 (p. 2), c'est-à-dire à
la veille du vote définitif de la loi Gayssot par l'Assemblée nationale, ce
juriste avait déjà eu le courage d'écrire cette belle phrase :
<< Face à la proposition Gayssot, le silence infini de presque tous les
juristes, de presque tous les historiens effraie.

 

http://www.lefigaro.fr/mon-figaro/2011/12/20/10001-20111220ARTFIG00503-genocide-armenien-pitie-pour-la-liberte-de-l-historien.php

 

Ce ne sont pas leurs conclusions que les juges Trévidic et Poux communiquèrent aux parties (défense, parquet et parties civiles) le mardi 10 janvier 2012, mais simplement le rapport des experts techniques (balistique, acoustique etc.,) mandatés  pour les éclairer sur la question de savoir d’où furent tirés les missiles qui, le 6 avril 1994, abattirent en vol l’avion du président Habyarimana.

Ce document qui sera soumis à contre-expertise ne constitue qu’un élément du volumineux dossier concernant l’assassinat du chef de l’Etat rwandais. Simple étape dans la procédure, il ne permet aucune extrapolation car il ne dit pas qui a, ou qui n’a pas, abattu l’avion présidentiel. Enfin, dans l’état actuel de la procédure et du dossier, cette pièce ne rend en rien obsolète l’ordonnance rendue par le juge Bruguière en 2006.

 

Revenons-en donc aux seuls faits.

 

Le 6 avril 1994 vers 20h 30, alors qu’il allait atterrir à Kigali, l’avion du président hutu Juvénal Habyarimana fut abattu par deux missiles portables SAM 16 dont les numéros de série étaient respectivement 04-87-04814 et 04-87-04835 ; or, comme cela a été établi devant le TPIR, l’armée rwandaise ne disposait pas de tels missiles.

La traçabilité de ces engins a été reconstituée : fabriqués en URSS, ils faisaient  partie d’un lot de 40 missiles SA 16 IGLA livrés à l’armée ougandaise quelques années auparavant. Pour mémoire, Paul Kagamé et ses principaux adjoints étaient officiers supérieurs dans l’armée ougandaise avant la guerre civile rwandaise.

 

Trouvèrent la mort dans cet acte de terrorisme commis en temps de paix, deux chefs d’Etat en exercice, les présidents Juvénal Habyarimana du Rwanda et Cyprien Ntaryamira du Burundi, ainsi que deux ministres burundais, MM. Bernard Ciza et Cyriaque Simbizi. Parmi les victimes se trouvaient également le Chef d’état-major des FAR (Forces armées rwandaises), le général Deogratias Nsabimana, le major Thaddée  Bagaragaza, responsable de la maison militaire du président rwandais, le colonel Elie Sagatwa, beau-frère du président Habyarimana et chef de  son cabinet militaire, ainsi que l’équipage français composé de MM. Jacky Héraud, Jean-Pierre Minoberry et Jean-Michel Perrine, tous trois civils.

 

Quelques heures après l’attentat, dans la nuit du 6 au 7 avril, et alors que l’armée rwandaise avait été décapitée, les forces militaires du FPR rompirent le cessez-le-feu en vigueur depuis 1993 et entamèrent la conquête du pays. Cette offensive avait été soigneusement planifiée puisque des moyens en hommes et en matériel avaient été pré-positionnés comme cela a également été amplement mis en évidence devant le TPIR. 

Paralysée par l’embargo sur les armes et les munitions qu’elle subissait[1], l’armée rwandaise fut défaite. D’immenses tueries se déroulèrent dans le pays, le génocide des Tutsi étant selon le juge espagnol Merelles (2008), doublé d’un massacre de masse des Hutu par l’APR (Armée patriotique rwandaise), commandée par Paul Kagamé.

 

Depuis cet attentat, deux thèses s’opposent :

 

1) Celle de l’attentat commis par des « extrémistes hutu » qui auraient assassiné leur propre président ainsi que leurs propres partisans qui étaient à bord de l’avion afin de pouvoir déclencher un génocide qu’ils avaient programmé et préparé.

La principale faiblesse de cette thèse est que le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) a, dans tous ses jugements concernant les « principaux responsables du génocide », que ce soit en première instance ou en appel, clairement établi qu’il n’y avait pas eu entente pour commettre ce génocide et qu’il n’avait donc pas été programmé.

 

2) Celle d’un attentat commis par le FPR sur ordre du général Kagamé afin de décapiter l’Etat rwandais et disposer d’un prétexte pour prendre militairement le pouvoir. Ethno-mathématiquement parlant, les élections prévues sous supervision de l’ONU allaient en effet donner une victoire automatique aux Hutu (+-90% de la population) sur les Tutsi (+-10%) et cela en dépit de leurs divisions. Cette thèse est notamment celle du juge Bruguière.

 

Saisi par les familles de l’équipage français et par la veuve du président Habyarimana, le juge Bruguière qui ne s’est pas rendu au Rwanda et qui a mené son enquête d’une manière classique, a rendu une ordonnance (novembre 2006) dans laquelle il accuse le président Kagamé d’avoir ordonné l’attentat qui coûta la vie à son prédécesseur.

Le juge Bruguière se fondait notamment, mais pas exclusivement, sur les déclarations et témoignages de plusieurs transfuges tutsi qui lui donnèrent force détails sur l’opération, dont les noms des membres du commando ayant abattu l’avion. L’un d’entre eux, Abdul-Joshua Ruzibiza, répéta ses accusations, sous serment cette fois, devant le TPIR et les procès verbaux des audiences concernées sont très clairs à ce sujet. Il se rétracta ensuite au sujet de ce qu’il avait déclaré au juge français, tout en confirmant ce qu’il avait dit aux juges du TPIR. Or, ses propos avaient été identiques. Puis, quelques semaines avant sa mort, il revint sur sa rétractation française et confirma devant les juges la version primitivement donnée au juge Bruguière.

 

L’ordonnance de soit-communiqué rendue au mois de novembre 2006 par ce dernier allait très loin puisque des mandats d’arrêt contre plusieurs membres du premier cercle de Paul Kagamé furent lancés et qu’il recommanda au TPIR (Tribunal pénal international pour le Rwanda) d’inculper le président rwandais.

Le 6 février 2008, via Interpol, le juge espagnol Merelles qui soutient la même thèse que le juge Bruguière, lança plusieurs dizaines de mandats d’arrêt contre de hautes personnalités de l’actuel régime rwandais.

 

Le document remis aux parties par les juges Trévidic et Poux le 10 janvier remet-il en question cet exposé du dossier ?

Non, car la seule nouveauté qu’il contient concerne le lieu du tir des deux missiles[2]. Selon le rapport d’expertise, ce lieu se situerait « probablement » dans le camp militaire de Kanombe, soit à une distance d’à peine deux à trois kilomètres de la ferme de Masaka identifiée comme point de tir par le juge Bruguière. De plus, et il est important de le préciser, cette « probabilité » n’est pas apparue aux experts balistiques à la suite d’une démonstration, mais par élimination et en raison des arguments de l’expert acoustique, ce qui devra être étayé lors de la contre-expertise.

 

Les juges Trévidic et Poux vont maintenant devoir confronter ce rapport d’expertise aux autres éléments du dossier.

Ils vont ainsi et notamment devoir résoudre la question des étuis des deux missiles trouvés à Masaka, la question étant de savoir s’ils y ont été abandonnés par les tireurs de l’APR, ce qui ramènerait l’accusation dans le camp de Paul Kagamé, ou si, après avoir abattu leur propre président, leur propre chef d’état-major et leurs propres amis, les « extrémistes » hutu les y auraient déposés afin de faire croire à la responsabilité de l’APR/FPR.

Ils vont également devoir comparer le rapport d’expertise et ses « probabilités » à ceux des témoignages contenus dans le dossier et qui donnent avec une grande précision et une impressionnante quantité de détails le lieu du tir, à savoir Masaka, ainsi que les noms des deux tireurs et des membres de leur escorte, la marque et la couleur des véhicules utilisés pour transporter les missiles depuis l’Ouganda jusqu’au casernement de l’APR situé au centre de Kigali et de là jusqu’au lieu de tir à travers les lignes de l’armée rwandaise, ainsi que le déroulé minuté de l’action.

 

Ce ne sera qu’à l’issue de leur enquête, au minimum dans plusieurs mois, que les juges rendront leur rapport. Jusque là, tout n’est que spéculation, désinformation, propagande, en un mot « enfumage ».

  

Bernard Lugan

11/01/2012 

 


[1] A la différence de l’APR largement approvisionné par l’Ouganda qui était son allié et sa base arrière.

[2] Pour ce qui est de l’étude de la balistique des deux missiles tirés on se reportera à l’analyse faite par l’amiral Jourdier dans « Etude de tir contre l’avion présidentiel rwandais le 6 avril 1994 » paru dans le n°6 de l’Afrique Réelle (juin 2010)

 

http://www.bernardlugan.blogspot.com/

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