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Vendredi 5 juin 2009
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Mardi 31 mars 2009
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Lundi 23 février 2009
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Dimanche 22 février 2009
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Samedi 21 février 2009
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Vendredi 23 janvier 2009

Le Professeur Pierre MAURER, né le 22 mai 1924 à Paris, fut Doyen de la Faculté de Médecine de Cochin-Port Royal en 1976.

 

Il s’est éteint paisiblement et sereinement dans la certitude de sa Foi et la justesse de ses convictions.

 

Engagé volontaire dans la Brigade Frankreich en août 1944 (quelques jours avant la Libération de Paris) et après une période de formation à l’Ausbildunglager de Sennheim, il prêta serment de fidélité à Adolf Hitler, avec l’aide de Dieu, comme l’atteste une photo figurant au-dessus du texte de ce serment dans l’ouvrage de Jean Mabire La Brigade Frankreich paru aux éditions Fayard.

 

Après de durs combats en Poméranie, où sa compagnie fut décimée, il est décoré de la E.K II pour bravoure. Il n’intégrera pas la Division Charlemagne et sera arrêté en 1945 et interné à Fresnes.

 

Le 26 mars 1979, il descend dans l’amphithéâtre de la Faculté de Cochin où se déroule une Assemblée Générale d’étudiants grévistes et déclenche une tempête médiatique en déclarant : «  J’ai été fasciste et je reste fasciste », qu’il confirmera le soir même devant les caméras de télévision et en précisant ses propos dans l’édition du 28/03/79 du journal Le Monde  :

 

« Je ne reviens absolument pas sur ce que j’ai dit hier. J’avais pris une option politique qui consistait à considérer d’abord que lorsqu’on a des idées il faut aller jusqu’au bout et se battre.

 

J’ai risqué ma peau. Je me suis engagé dans la Brigade Frankreich et je me suis battu sur le front russe dans l’armée allemande. A la Libération, j’ai été arrêté. J’ai passé un an et demi à la prison de Fresnes. J’étais un soldat, pas un tueur. Je n’ai appris les horreurs qu’en 1945 ; je ne suis pas partisan d’une idéologie de destruction ou de massacre des populations. Quand je dis que je suis raciste, je veux dire que je suis pour l’élite, pour le petit nombre. Il m’est totalement indifférent que les gens qui travaillent avec moi soient d’une certaine race, s’ils font leur travail. Les arabes, les juifs, les jaunes, je les soigne, je suis très gentil avec eux. D’ailleurs, si on me demande mon opinion sur les affaires du Proche-Orient, actuellement je suis totalement pour les Israéliens, parce qu’ils représentent ce que j’admire le plus : ce sont des hommes qui se battent et qui sont prêts à mourir pour leur cause. Pourquoi j’ai fait ces déclarations hier ? Parce qu’il y a trois ans, au moment de mon élection comme Doyen, des tracts ont circulé sur mon passé. Il vaut mieux que tout se sache clairement. J’ai fait pour cette faculté le maximum et si j’ai pu le faire, c’est grâce à mes idées ».

 

Dans une édition ultérieure du Monde (29 ou 30 mars), une tribune « Libres Opinions » du Professeur Merle d’Aubigné confirme la carrière exemplaire du Professeur Pierre Maurer et rend hommage à l’excellence de son enseignement ainsi qu’à ses talents exceptionnels d’organisateur au sein de la Faculté de Cochin.

 

Un éditorial de François Brigneau, paru dans Minute, décrit fort justement ce qui fut le parcours politique d’un homme de convictions qui, pour moi, fut un exemple.

 

Inutile de décrire ce que furent les suites de cette profession de foi, douloureuses durant les années suivantes, tant pour sa famille que pour ses proches mais pendant lesquelles JAMAIS il ne déclara que ce fut « une connerie ».

 

Ses amis lui furent un soutien précieux et qu’ils en soient ici remerciés.

 

Poursuivi par les chacals du « politiquement correct » et les hyènes du « devoir de mémoire », il fut acquitté par la Justice … à la stupeur générale !

 

Il consacra les 25 dernières années de sa vie à la cause des AAA en visitant régulièrement les hôpitaux et les prisons de la région parisienne afin d’aider les personnes désireuses de sortir du fléau de l’alcoolisme, sans compter et avec abnégation jusqu’à son dernier souffle.

 

Homme de Foi, il pratiquait la religion et s’intéressait en permanence à l’évolution de l’Eglise catholique en France et dans le monde, s’astreignant à des retraites dans divers couvents où il put trouver la sérénité.

 

« Quand était noire la nuit, quand la Nation était à l’agonie, tu as défié l’Histoire et dicté ta volonté au destin.

Hier, nous avons suivi tes pas ; aujourd’hui, nous reprenons la route et tu marches avec nous ! »

 

Que le soldat de Poméranie soit vivant dans notre esprit et que le flambeau de son combat nous éclaire dans la lutte contre le mondialisme !

 

Resquiat In Pace.

http://synthesenationale.hautetfort.com/

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Lundi 1 décembre 2008


 
Dès le XVIIIe siècle, qui n'était pas ami de Machiavel, il y eut un écrivain qui osa comparer cet historien à Newton. Plus récemment, on a dit que Machiavel accomplit pour la politique ce que Galilée avait fait pour l'astronomie. Aussi loin que vont ces comparaisons, elles sont exactes. Machiavel eut le mérite, par son initiative, d'étudier la politique comme une réalité objective, de considérer l'État comme il est, non comme il devrait être. Il est admis qu'il découvrit le réalisme politique. Il serait plus exact de dire qu'il fonda la « science de la politique », d'autant que pour réaliser la science il faut écarter les utopies et les préceptes idéals. Jusqu'alors les écrivains politiques, dont les plus connus étaient Platon, Aristote, Cicéron et saint Thomas d'Aquin, avaient seulement traité du meilleur gouvernement ou de la forme de l'État.
 
Durant le siècle de Machiavel, il y eut une réelle abondance de traités sur les méthodes idéales d'éducation et de formation d'un « prince » ; de ces derniers Machiavel tira, non la substance, mais la charpente de son fameux livre. Personne cependant n'entreprit aussi résolument que lui de n'étudier que la manière dont l'État est né, vit, fonctionne et meurt sous n'importe quelle forme et dans tous les temps. C'est là le pilier sur lequel repose la grandeur de Machiavel. On peut dire qu'après lui les études politiques découlent toutes d'une observation réaliste. Naturellement, à cette époque et jusqu'à nos jours, des utopies ont continué de progresser, mais plutôt pour stimuler l'homme à l'action que pour expliquer les phénomènes physiques. Depuis l'Utopia de Thomas More (1516) jusqu'aux Looking Backward de Bellamy, les romans politiques ont eu en vue un changement de la structure de la politique plutôt que sa compréhension.

 

 
La comparaison avec Galilée est judicieuse en ce que ce savant a séparé l'astronomie de l'astrologie. Il s'est trompé sur quelque sujet, comme quand il niait que les comètes fussent des corps célestes, ou qu'il n'admettait pas l'influence de la lune sur les marées. Mais, il posa les fondements de la science astronomique parce qu'il regarda les cieux, non pas selon la doctrine traditionnelle, mais tels qu'ils apparaissent à l'œil ; non pas en les reliant aux vœux et à la destinée des hommes, mais comme des corps astraux avec leurs propres lois.
 
De même fit Machiavel. Il a pu s'égarer sur quelques applications pratiques et sur certains faits historiques, mais il a séparé de l'utopie la science de la politique ; il l'a fondée sur l'observation directe de la réalité, non sur les désirs et les vœux humains,
 
Cette découverte suffirait pour établir la gloire de Machiavel, mais il en est d'autres, non moins fructueuses et importantes ; il y a aussi son esprit vivant, pris en général. Machiavel est si puissant et si profond qu'il semble, aujourd'hui plus que de son temps, attirer et provoquer, stimuler et piquer ; cette importance a pour preuve les nouvelles éditions, les traductions, commentaires et interprétations de son œuvre qui font fréquemment leur apparition. Bien que le nombre de ses admirateurs ait augmenté, des adversaires zélés ressentent encore le besoin de le réfuter, signe de la persistance de sa pensée.
 
Une autre raison pour laquelle Machiavel est célèbre, c'est qu'il a séparé de la morale la politique. Il a vu ce que peut avoir de « démoniaque » la conduite d'un chef politique (n'a-t-on pas dit avec esprit qu'il avait mis Satan sur le trône ?) ; entendons par là que l'activité politique prend place dans un royaume autonome, indépendant de considérations morales. Il s'occupe seulement du problème du succès ou de l'efficacité des opérations.
 
L'homme d'État n'est pas tant immoral qu'amoral. Pour être sûr de gouverner aussi bien que possible, il n'a pas à tenir compte de la loi morale. Que penserait-on d'un général qui, par scrupule de morale, ne voudrait pas tromper l'ennemi, employer des espions, exploiter l'élément de surprise et préférerait la ruine de son pays à la dégradation de sa conscience ? Tous les hommes d'État se sont rendu compte que, pour remplir leur devoir public, il leur fallait agir contrairement à leur devoir ; en d'autres termes, qu'ils se trouvaient en face d'un plus haut impératif : la sûreté de l'État et de la Nation l'emporte sur le devoir privé. Tel est le sens de la phrase, « J'aime mon pays plus que mon âme », que Machiavel hérita des précédents chroniqueurs florentins. Ce peut être une idée commune à l'époque, mais elle trouve chez lui une plus grande emphase et plus de consistance théorique. Machiavel rapporte le fait que le capitaine d'un vaisseau a le droit de tromper ses passagers, voire de les tuer, si cela est utile pour ramener le navire au port. De même, le chef politique a le droit de commettre des actes qui, exécutés pour des fins privées, apparaîtraient coupables du point de vue de la morale privée. Il n'est pas d'homme d'État qui ne soit arrivé à savoir que, dans sa profession, il lui faut souvent agir différemment d'un gentleman. La politique est comme une statue de terre glaise ; on ne peut la façonner sans se souiller les mains.
 
Parmi les nombreux écrivains et théoriciens donnés comme précurseurs de Machiavel, nous mentionnerons les sophistes.
 
Platon les représente comme les partisans de cette doctrine, la justice naît de la force et l'historien Polybe. Dans l'antiquité, Polybe fut le Grec qui ressemblât le plus à Machiavel ; ce sont ses travaux que le secrétaire florentin a spécialement étudiés ; par contre, il est douteux qu'il ait exploré les sophistes. Il y a d'abord dans Machiavel quelques idées de Polybe, comme l'utilité politique des religions, même si elles sont fausses ; mais, par-dessus tout, éclate une grande ressemblance quand on considère la théorie dominante de Polybe, son esprit clair, scientifique, libéré d'illusions de toute sorte, l'admiration qu'il professe pour l'effort purement humain. Avant Machiavel, l'interprétation de l'histoire par Polybe ne tient compte d'aucune interprétation divine ; pour ce dernier, l'histoire est le jeu des forces humaines, parmi lesquelles, comme Machiavel, il admire spécialement la grandeur de l'esprit et la connaissance scientifique.
 
Mais aux sophistes et à Polybe qui furent l'objet de recherches concentrées sur les « sources » de la pensée de Machiavel, il conviendra d'ajouter saint Augustin.


 
 
Saint Augustin lui aussi se rendait compte de l'esprit « démoniaque » qui se cache dans la politique ; aussi opposa-t-il la cité de l'homme, création de la politique humaine, à la cité de Dieu. Il rappelle que Gain fut le fondateur de la première cité, que Romulus fut celui de la plus grande cité connue du monde ancien ; or tous deux furent des fratricides. La meilleure, la plus haute expression de l'effort politique humain, Rome, était pour saint Augustin pleine de fautes et de pêchés, et saris justice, puisque la justice se trouve seulement dans la cité de Dieu. Pour le grand évêque d'Hippone, États et empires n'étaient rien d'autre que des « associations de voleurs de grands chemins ».
 
Machiavel semble tirer de saint Augustin sa propre conception pessimiste de la nature humaine ; celle-ci est corrompue à cause du péché originel, pour saint Augustin ; elle est par essence mauvaise en soi, pour Machiavel. Ce dernier entreprend la tâche « démoniaque » de foncier un État inébranlable, limité, bien entendu, au plan théorique. Ce qui, pour saint Augustin, est un mal nécessaire devient, pour Machiavel, le seul bien possible. Puisqu'il n'y a rien d'autre dans le monde, semble dire Machiavel, qui puisse faire sortir la bête humaine de son égoïsme et de la pourriture inhérente à sa nature, forgeons un organisme plus élevé qui contraigne l'individu à un certain degré de sacrifice.
 
Puisque l'État, dans un monde sans Dieu et sans espoir en un monde futur, est la seule fin supérieure de l'individu, voyons alors comment cet État parvient à naître et à vivre, comment il défaille, comment il se soigne dans ses maladies, comment finalement il meurt ; pour être une création de l'histoire et de la nature, il est destiné à disparaître comme toutes les formes de la nature et de l'effort humain. Discuter la nature de l'État est la seule occupation digne d'un écrivain, de même que fonder un État est un attribut presque divin, propre à ces personnages qui habitent une sorte de région mystérieuse entre l'histoire et la mythologie, tels Romulus et Cyrus, Moïse et Thésée.
 
Il est enfin un autre trait d'une importance frappante dans la doctrine de Machiavel, bien qu'on n'en trouve pas l'expression textuelle dans son œuvre. Ses ouvrages contiennent toujours une ardente défense de l'activité humaine, un éloge de l'action par elle-même, l'exhortation à l'effort et au travail, à la participation à la lutte, à la poursuite de fins productives : un système d'éthique très moderne, en vérité le plus moderne qui soit. L'équivalent réel de ce sentiment général ne peut guère se trouver que dans le Faust de Gœthe. Faust, en dépit de son marché avec le diable et de ses crimes horribles, reçoit son pardon :
 
« Wer immer strebend sich bemûht Den Kônnen wir erlosen »,
 
« Nous pouvons sauver cet homme qui, luttant toujours, a bravé tous les maux. »
 
Pour Machiavel aussi, quiconque était entreprenant et travailleur était sauvé. Il combattait par-dessus tout les fainéants ; il condamnait les gentilshommes sans ressources, les moines oisifs ; il admirait les gens courageux et les figures énergiques, les capitaines qui s'élançaient dans la bataille, les chefs qui n'attendaient pas « l'avantage du temps ». En un mot, il pensait avec Boccace qu'il vaut mieux se repentir d'avoir fait quelque chose que de ne rien faire du tout.
 
De Sanctis voyait combien est moderne chez Machiavel cette idée « que la fin de l'homme est le travail et l'effort, que le plus .grand ennemi de la civilisation est la paresse ». C'est extrêmement juste, dirais-je volontiers, si par travail on entend la participation à la lutte pour la vie ; pour le travailleur, ce sera de peiner ; pour le soldat, de combattre ; pour le citoyen, de s'intéresser activement aux problèmes de la société. Machiavel est sans contredit un homme d'action.
 
Les applications et les conséquences que Machiavel tirait de sa doctrine sont fécondes. Quelques-unes d'entre elles sont ingénieuses, subtiles, clairvoyantes ; elles reposent sur une érudition historique très vaste pour leur époque et sur une notion, nullement superficielle, de la psychologie des peuples et des individus.
 
Les commentateurs de Machiavel ont passé beaucoup de temps sur les « règles de l'art de gouverner » ; d'un brutal empirisme et transitoires, elles ne représentent qu'un aspect de Machiavel. Quelques-unes semblent surannées depuis l'extension et l'approfondissement du champ des connaissances historiques.
 
Personne aujourd'hui ne prend plus la peine de discuter si les forteresses sont nécessaires à un chef, ou si la colonisation peut résoudre le problème de garder comme sujet un pays étranger que l'État a conquis par la force. La valeur de Machiavel ne réside pas clans ces problèmes ni dans les solutions qu'il leur propose.
 
Si, l'on s'était tourné vers les principes et non vers ces règles, on aurait évité maintes discussions inutiles sur l'immoralité de Machiavel. Ils l'ont bien méconnu, ou encore ils l'ont lu avec un esprit prévenu, ceux qui ont extrait de ses écrits des maximes d'apparence immorale, une fois isolées de leur contexte. Machiavel établit toujours ces maximes avec une certaine tristesse et une certaine réserve, et les regarde comme nécessaires à ce monde « démoniaque » de la politique. Il exprime toujours des regrets sur la nature humaine : elle est telle qu'elle rend nécessaires la tricherie et la violence.fi. Il ne manque pas de condamner ceux qui recourent à la violence et à la tromperie pour des fins purement privées ; seule la nécessité politique autorise et justifie une telle conduite.
 
A lire lesouvrages de Machiavel, on est frappé de la fréquence avec laquelle il insiste sur cette pensée, que si les hommes étaient bons, il n'y aurait pas besoin de tromperie ni de violence. Il est surprenant que pendant des siècles on n'ait pas tenu compte de ces réserves formelles. La politique est une nécessité. L'un des plus importants aspects de la pensée de Machiavel est le suivant : dans sa conception de la politique, il ne condamne pas l'emploi des moyens qu'on peut qualifier d'immoraux, mais il s'en prend davantage à l'incapacité et à la faiblesse de ceux qui n'osent pas les employer. En politique, la plus grande erreur est le refus d'assumer la responsabilité des fautes nécessaires au succès de l'action politique.
 
Il convient de faire ressortir que pour Machiavel le « bien commun » et la « société civile » sont synonymes d'État ; en conséquence, le chef d'État qui a le « bien commun » en vue, doit lui sacrifier son âme.
 
Bref, Machiavel découvrit que le mal est inhérent à l'action politique dirigée vers le bien commun. Aux portraits idéalisés d'hommes d'État doués d'une pureté angélique et d'une capacité supérieure, il a mis en contraste la dure et pénible réalité d'un chef politique qui prend sur soi les fautes des hommes pour leur bien, sans craindre de fouler les sentiers du mal. Cette conception a longtemps troublé les écrivains qui voulaient traiter de la politique tout en restant chrétiens ; la genèse de ces tentatives pour réconcilier la réalité politique avec la foi chrétienne s'appelle l'histoire de la « raison d'État ». Les auteurs n'en ont jamais osé citer Machiavel, certains ne mentionnent même pas son nom, mais Machiavel est toujours présent dans leur arrière-pensée, comme un dard qu'ils ne peuvent retirer.
 
En commun avec bien des esprits qui ont découvert de nouvelles voies et discerné la vérité au delà des apparences, Machiavel a été incompris et haï. De cette incompréhension il est d'ailleurs lui-même un peu responsable. On ne peut discuter qu'il est un écrivain lucide, mais il manque de précision dans l'emploi de son vocabulaire. Parfois le même mot prend des sens différents, quand plusieurs mots différents expriment le même sens. Ses écrits étaient d'ordinaire des travaux d'occasion ; c'est comme tels qu'on devrait les interpréter.
 
Pour citer un exemple parmi beaucoup d'autres, le livre du Prince, bien que basé sur des considérations toutes réalistes, est juste une étude spéciale des conditions générales dont l'aspect se présente aux « nouveaux souverains », à ceux qui venaient de sortir d'une obscurité totale ; phénomène assez fréquent en Italie au début de la Renaissance.
 
Mais aux difficultés intrinsèques des écrits de Machiavel il faut ajouter l'esprit partisan, l'aveuglement, la méchanceté de ses adversaires. Il est frappant de noter que les intérêts idéologiques qui le dénoncèrent d'abord, après une période sans opposition, représentaient des groupes de minorités politiques écrasées par la formation des grands États nationaux.
 


 
Ses premiers adversaires furent Reginald Pôle, un catholique appartenant au parti supprimé en Angleterre par Henri VIII ; le conseiller Gentillet, un membre de la faction « liquidée » en France par Catherine de Médicis ; l'écrivain Busini, un républicain, adhérent du parti écrasé en Toscane par Cosme de Médicis. Dans tous ces cas, qui représentent une grande variété de courants politiques, Machiavel est détesté parce qu'il est le théoricien de l'État moderne rationnel contre la féodalité. Comparé à ses détracteurs, Machiavel représente le progrès futur de la vie politique. A vrai dire, deux siècles après avoir été mis à l'index, après avoir été interdit, condamné d'anathème, aussi bien que travesti, dénaturé, calomnié, Machiavel s'est élevé au XIXe siècle à la plus haute renommée. Celle-ci coïncide avec la formation de l'État démocratique sur une base nationale, l'établissement de milices composées de tous les citoyens, la suprématie du pouvoir civil sur le pouvoir religieux, la préférence pour le gouvernement républicain au détriment de la monarchie, le respect grandissant pour le travail et l'activité énergique. Outre les difficultés présentées par sa manière de s'exprimer, dirons-nous, outre la rage impuissante d'adversaires vaincus, il y a ce fait que Machiavel a anticipé sur l'avenir ; on ne pouvait en conséquence le comprendre facilement.
 
En Italie le nom de Machiavel inspirait souvent un certain respect, comme résultat de ses chauds appels à un chef (César Borgia, plus tard Laurent de Médicis, en dernier Giovanni delle Bande Nere) capable de former un royaume uni dans la péninsule. Mais son patriotisme souvent naïf, comme c'est le cas pour les amoureux de leur pays, ne l'empêchait pas d'avoir une vue claire de la condition de l'Italie. A la manière de plusieurs des plus grands amants de l'Italie, — de Dante à Mazzini, de Pétrarque à Garducci, — Machiavel ne manque pas de saisir ce que sont assurément les vices de son peuple.
 
Dans une de ses lettres il les cristallise en une phrase nette et concise : « Nous, pauvres malheureux Italiens, qui montons à cheval sur notre vanité. » Ici l'accent tombe sur le dernier mot; il domine la phrase, il condamne la creuse rhétorique italienne et forme contraste avec la misérable réalité des temps.

Il y a également un Machiavel italien et un Machiavel universel. Les rapports entre les deux sont très particuliers. Il me semble que c'est l'amour de son pays qui donne naissance au philosophe politique. Gomme un amant, Machiavel, un peu trop, est un utopiste. Ainsi l'a jugé son ami et contradicteur, François Guichardin ; pour ce dernier, appliquer aux affaires de Florence des maximes tirées de l'histoire romaine, c'est placer sur le même plan un cheval et un âne.
 
Mais cet amant était aussi en quête d'un remède pour la situation peu enviable de l'Italie. Les étrangers entraient dans ce pays sans combattre et la corruption civile avait atteint sa limite. En cherchant le remède il étudia le problème général : c'est ainsi que du Machiavel italien sortit le Machiavel universel.

Comme il arrive souvent en Italie, les idées de Machiavel fournirent plus d'aliments aux penseurs d'au delà des confins de son pays qu'à la culture italienne. En toute vérité, l'histoire du machiavélisme est l'histoire de la pensée politique européenne. A l'exception de Cuoco et de De Sanctis, bien peu comprirent Machiavel en Italie pendant le XIXe siècle.
 
C'est un fait connu, cette figure prédominante dans le monde des idées était aussi celle d'un grand écrivain et d'un dramaturge original. Machiavel fut aussi le premier historien de l'Europe, c'est-à-dire le premier à ne point se contenter de relater simplement les faits dans l'ordre chronologique, mais à les relier en un tout significatif qui résultait du jeu des passions humaines. Il chercha à tracer, d'événements historiques donnés, les conséquences éloignées. En application de cette méthode, il accusa l'Église de Rome d'avoir, par son pouvoir temporel, partagé la péninsule et rendu impossible l'achèvement de l'unité italienne alors que la France, l'Espagne et l'Angleterre devenaient des nations unifiées.
 
Sa comédie intitulée la Mandragore est vraiment le seul drame original, le plus puissant, le plus attirant delà Renaissance. Elle n'imite pas les Romains, mais elle est tirée de la pensée vivante de son auteur. Par l'emploi du conte plaisant accompagné d'une série de plaisanteries de ribaudes et de calembours, Machiavel exprime sa compassion pour le Destin de son pays. Dans ce dernier, une Église dégradée par des hypocrites, et par l'absence d'un État, réduit la famille elle-même à des conditions pitoyables.

 

 
Son style est en parfaite harmonie avec sa pensée. Il a les couleurs sombres de ces âmes qui ont sondé les profondeurs de la réalité et senti le mystère tragique. Machiavel manque de charité, à ce titre on ne peut le considérer comme chrétien. Mais à la base, ses attitudes sont parallèles à celles d'un catholique. Sa vue de la nature humaine a le pessimisme de celle de saint Augustin. Sa conception de la « vertu » est semblable à la doctrine de la grâce : la vertu passe d'un peuple à l'autre, elle apparaît parfois chez des hommes d'obscure origine, elle rachète les peuples de l'esclavage.
 
 
Sa perspective morale est en définitive ascétique et militaire ; elle ressemble à celle des Jésuites qui s'imposaient chaque sacrifice sur eux-mêmes « pour la plus grande gloire de Dieu », tout comme Machiavel désirait que ses concitoyens subissent chaque sacrifice pour le « bien commun ». La seule différence est que le Dieu des chrétiens est, en un sens, hors de l'histoire, tandis que le Dieu de Machiavel est au dedans.

 
L'auteur qui a peut-être le mieux saisi le torturant problème posé par Machiavel, avec toutes ses conséquences, est le romancier russe Dostoïevski. Dans le chapitre XVI des Frères Karamazov se trouve un monologue tenu par le grand inquisiteur dans la prison où il a enfermé Jésus, ressuscité au XVIe siècle à Séville. Le grand inquisiteur est appelé à expliquer cette doctrine, que les masses populaires sont incapables de pratiquer la liberté chrétienne, qu'elles ont besoin de chefs qui, au prix de leurs propres âmes, donnent au peuple la seule chose qui puisse le satisfaire : le pain. Le grand inquisiteur sait que l'homme qu'il a fait emprisonner est le véritable Christ, mais il ne le garde pas moins en détention et le fera brûler sur le bûcher le jour suivant. Autrement les enseignements du Christ sèmeraient le désordre parmi un peuple incapable de les comprendre. Je ne sais si Dostoïevski n’a jamais lu Machiavel, mais il l'a très bien interprété, mieux que tant de savants appliqués.
 
Sources: G. Prezzolini – Le legs de l’Italie - 1949


Vu sur le site de  http://www.terreetpeuple.com/

Vous trouverez des citations de Machiavel sur http://yanndarc-citations.over-blog.fr/article-11313765.html
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Dimanche 2 novembre 2008

Jacques Piccard le 25 novembre 2001 à Paris

L'inventeur et explorateur suisse des grands fonds Jacques Piccard, qui est descendu à 10.916 mètres de profondeur, est mort samedi en Suisse à l'âge de 86 ans, a annoncé Solar Impulse, un projet d'avion solaire dont un des cofondateurs est son fils, Bertrand Piccard.

"Un des derniers grands explorateurs du XXe siècle, homme le plus profond du monde et véritable Capitaine Nemo, Jacques Piccard s'est éteint le 1er Novembre, à 86 ans, sur les bords du Lac Léman qu'il a tant aimé", est-il écrit dans un communiqué parvenu à l'AFP.

Né le 28 juillet 1922 à Bruxelles, il a poursuivi "l'oeuvre de son père, le célèbre physicien Auguste Piccard, inventeur du ballon stratosphérique et du Bathyscaphe", poursuit-il.

"A bord du Trieste, il devient l'homme le plus profond du monde en touchant le fond de la fosse des Mariannes à 10.916 mètres, le 23 janvier 1960, en compagnie de l'Américain Don Walsh", toujours selon ce communiqué.

Il construit ensuite quatre "Mésoscaphes", des submersibles pour moyennes profondeurs, dont le tout premier sous-marin touristique lancé dans les eaux du Lac Léman à l'occasion de l'Exposition Nationale suisse de 1964, ajoute Solar Impulse.

"Avec une foi totale dans la technologie, il conçoit et calcule chaque sous-marin et en dirige la construction, plongeant lui-même dans son dernier submersible de poche jusqu'à 82 ans", poursuit le communiqué.

Passionné par l'étude et la protection des mers, il explore en 1969 le courant du Gulf Stream sur 3.000 km à l'occasion d'une plongée-dérive d'un mois.

"Mais sa plus grande contribution a été en 1960 de trouver de la vie à plus de 11.000 mètres, ce qui entraînera l'interdiction de l'entreposage des déchets nucléaires dans les fosses marines", ajoute Solar Impulse.

AFP

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Lundi 1 septembre 2008

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Crédits photo : Francois PERRI/REA

Homme aux multiples casquettes, ancien résistant et pourfendeur de la gauche, il avait été le cofondateur et l'une des grandes plumes du Figaro magazine.

Grand résistant, polémiste, ancien maire de Charenton-le-Pont et ancien député du Val-de-Marne, Alain Griotteray est décédé samedi à l'âge de 85 ans. Retiré de la vie politique depuis une dizaine d'années, il était hospitalisé depuis le mois de mai, souffrant de la maladie de Charcot, a précisé à l'AFP sa fille Michèle.

Alain Griotteray avait été l'une des grandes plumes du Figaro Magazine, dont il avait été le cofondateur avec Louis Pauwels. Éditorialiste passionné, il avait été directeur délégué aux relations extérieures de l'hebdomadaire.

Le président Nicolas Sarkozy a salué dimanche «la mémoire du jeune résistant», de «l'homme politique» et «du journaliste engagé». «Alain Griotteray était un homme de convictions, des convictions qui lui étaient propres. Toute sa vie aura été marquée par l'engagement dans la vie publique et par le goût pour le débat d'idées», a déclaré le chef de l'État, dans un communiqué .

Né le 15 octobre 1922 à Paris, Alain Griotteray n'est qu'un tout jeune homme, grandi dans le climat intellectuel de la droite d'avant-guerre, lorsqu'il accomplit son premier acte de résistance. À 18 ans, refusant l'occupation allemande, il est l'un des instigateurs, l'un des «provocateurs, dans un très grand désordre», comme il le racontait lui-même, de la manifestation du 11 novembre 1940 par laquelle, devant l'Arc de triomphe, les étudiants défient l'occupant allemand en commémorant l'armistice de la Première Guerre mondiale. Repéré à cette occasion par Henri d'Astier de la Vigerie, il rejoint le réseau de ce dernier, le réseau Orion, et en prend le commandement en 1943, devenant ainsi le plus jeune chef de réseau de la Résistance. Après novembre 1942, les agents de ce réseau vont organiser d'innombrables évasions par l'Espagne et se reconvertir dans le renseignement militaire en métropole.

Capitaine parachutiste jusqu'en 1945, Alain Griotteray est, dans l'immédiat après-guerre, chargé de mission au cabinet du ministre de la Défense, Pierre-Henri Teitgen puis René Mayer (1947-1948), avant d'être attaché au cabinet du général commandant supérieur des troupes françaises au Maroc (1956-1957).

En 1947, cet électron libre du gaullisme rejoint le RPF de Charles de Gaulle. En mai 1958, Alain Griotteray est de ceux qui participent aux événements qui permettront le retour au pouvoir du général. Il adhère alors au mouvement gaulliste, l'UNR, et, en 1959, il est élu conseiller de Paris sous cette étiquette. Mais ce militant passionné du maintien de l'empire colonial rompt avec le gaullisme par fidélité à l'Algérie française.

Il rejoint alors les Républicains indépendants de Valéry Giscard d'Estaing et sera un des fondateurs de la Fédération nationale des clubs Perspectives et Réalités, l'une des composantes fondatrices de l'UDF.

Alain Griotteray a accompli une belle carrière politique : député UDF du Val-de-Marne (1967-1973, puis 1986-1997), il a été maire de Charenton-le-Pont de 1973 à 2001. Candidat malheureux aux législatives de 1997, il avait démissionné de l'UDF l'année suivante. Aux municipales de 2001, il avait retiré sa liste entre les deux tours en raison de son faible score au premier.

Pourfendeur de la gauche

«Je crois à la France comme je crois en Dieu !», proclamait ce «hussard de la droite». Eurosceptique et patriote, pourfendeur de la gauche qui, disait-il, sait «donner une apparence savante à ses raisonnements absurdes», Alain Griotteray était un partisan déclaré d'ententes entre la droite parlementaire et le Front national. Ce qui lui a souvent valu des critiques de son propre camp. Aux législatives de 2007, il avait, au nom d'«une certaine idée de l'Europe», apporté son soutien à Marine Le Pen, «ardente défenseur de l'Europe des patries». Aux municipales de 2008, ce républicain avait soutenu la candidature de Rachida Dati dans le VIIe arrondissement de Paris en invoquant, cette fois, le «génie assimilationniste» de la France.

Grand officier de la Légion d'honneur, croix de guerre 39-45 et médaillé de la Résistance, Alain Griotteray était l'auteur de nombreux livres, dont Lettre aux giscardo-gaullistes (1980), Je ne demande pas pardon (2001) et Non à la Constitution : pour une certaine idée de l'Europe (2005). En 2004, il avait publié ses Mémoires (éditions du Rocher/éditions de Fallois). Un retour sur un parcours hors du commun. «Qui se dit de droite ? C'est tellement plus simple d'être de gauche», écrivait, dans Le Figaro Magazine en 2001 cet homme qui ne mettait jamais son drapeau dans sa poche .

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Dimanche 31 août 2008

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ENNEMIS PUBLICS (6/18) - Au XVIIIe siècle, le contrebandier Belle Humeur devint la coqueluche de tout un pays en mettant à genoux les fermiers généraux et en narguant le fisc.


«Ces Messieurs de Grenoble, Avec leurs longues robes Et leurs bonnets carrés, M'eurent bientôt… Vous m'entendez ? Et leurs bonnets carrés, M'eurent bientôt jugé. Ils m'ont jugé à pendre, Ah ! C'est dur à entendre ! À pendre et étrangler, Sur la place du… Vous m'entendez ? À pendre et étrangler, Sur la place du Marché. » Ainsi pleure La Complainte de Mandrin, composée par la vox populi en 1755, peu après la mort de Belle Humeur, le héros des petites gens, sur un air d'opéra de Jean-Philippe Rameau. Louis Mandrin, alias Belle Humeur, qui eut, à en lire la sentence exécutée le 26 mai 1755 à Valence, «les bras, jambes, cuisses et reins rompus, vif, sur un échafaud, et mis ensuite sur une roue». Pour faire bonne mesure, on mit le feu à son cadavre.

Ainsi s'achevait une vie de trente ans tout entière vouée à la contrebande à seule fin de narguer les fermiers généraux qui étranglaient le peuple, disent les uns ; pour suivre son penchant mauvais, assurent les autres. Et comme ultime pirouette, on raconte que le condamné, montant sur l'estrade de son supplice, ricana : «Voilà bien du monde !», puis se tourna vers son bourreau : «Mon ami, je t'ai conservé la vie, hâte-toi de me la ravir…»

Comme beaucoup de héros, maudits ou non, notre homme connut une gloire éclair de quelques mois avant d'être rattrapé par le destin ou la justice des hommes. Le mauvais génie ne fait pas bon ménage avec la longévité. Mais nul ne sait si Louis Mandrin fut taillé dans le bois dont on fait les brutes, comme l'assurent certains historiens, ou bien si le vent contraire qu'il connut jeune le poussa dans une épopée paillarde et romantique de redresseur de torts, comme l'affirme la trompette de la renommée qui a un faible pour les Robin des Bois en rébellion contre l'oppression.

Tentons d'instruire le dossier à charge et à décharge. Le fils aîné de neuf enfants de François-Antoine Mandrin est né le 11 février 1725 à Saint-Étienne-de-Saint-Geoirs, à un jet de pierre du Dauphiné, duché indépendant. Mais son père, riche négociant en chevaux, autrement dit maquignon, trouva la mort dans une mauvaise querelle lorsque Louis n'avait que 17 ans. C'est ainsi que cet insouciant jeune homme, bientôt surnommé Belle Humeur, devint chef de famille. Il tenta tant bien que mal de faire fructifier l'héritage paternel, mais deux ou trois mauvaises récoltes eurent raison du patrimoine.

Et que fait-on dans la province de Louis XV pour gagner sa vie quand on n'a pour tout bagage que son envie de dévorer le monde et un beau visage ? On s'engage au service du roi, pour sûr. Voilà notre homme embarqué avec une centaine de mulets pour ravitailler l'armée d'Italie, sous les auspices des Fermes générales. Arrivé au rendez-vous, en Piémont, la guerre prenait fin. L'estafette fut renvoyée d'où elle venait avec ses bêtes. Lesquelles moururent par dizaines sur le chemin du retour, au terme duquel l'infortuné en fut pour ses frais : les fermiers généraux lui refusèrent les quarante mille livres du marché. Voilà pour la haine personnelle de notre héros à l'endroit des «détrousseurs du fisc» et autres gapians (douaniers).

Et puis Mandrin vit des familles mourir de faim tandis que les agents des Fermes, aidés par les gendarmes, expulsaient les survivants qui ne pouvaient payer la gabelle sur le sel qu'ils n'avaient pas. Et puis l'imprudente tête brûlée se trouva mêlée à une histoire de tirage des milices, sorte d'impôt du sang qui désignait au sort les futurs soldats parmi le peuple. Pour sauver un ami réfractaire, il dut tuer. Et puis ce gaillard en rébellion permanente apprit que son petit frère Pierre venait d'avoir la tête tranchée par ordre des Fermes pour faux-monnayage industrie dans laquelle Louis trempa un peu lui-même, murmura-t-on.

Bref, la fin de 1753 vit un Belle Humeur suant l'indignation et la revanche, qui s'acoquina avec une bande de faux-sauniers, contrebandiers faisant principalement commerce du sel hors gabelle, bien entendu. Il faut dire que la région s'y prêtait à merveille : la Savoie, sorte de paradis fiscal en regard du royaume de France, était à deux pas et les frontières étaient des passoires.

Après moult aventures à bride abattue entre Grenoble et Rochefort- en-Novalaise, dont le château avait été gracieusement mis à la disposition de Mandrin par un nobliau en mal d'aventures, voilà notre homme à la tête de deux à trois cents rufians entraînés, dressés comme à l'armée pour en découdre avec le gapian.

Ils ne se privaient pas, avec la complicité de tous. Belle Humeur avait mis de son côté tous les ennemis de l'impôt, les rieurs, les ripailleurs et les femmes, ce qui fait un nombre appréciable de sujets de Sa Majesté. Il effectua en deux ans six «campagnes» menées comme suit : la troupe partait en terre d'Empire, Suisse et duché de Savoie, acheter à prix détaxé le tabac, le sel, les soieries, toiles, épices et autres colifichets dont ces dames raffolent, puis forçait les barrages royaux pour revenir en France, non sans s'être un peu amusée avec les agents du fisc. Le coup de main dit de Rodez est fameux. Après avoir dépassé Pont-de-Vaux, Pont-de-Claix et Millau, la troupe cingle vers Vabres, bourgade où elle fait halte chez les gendarmes, tous dévoués à la Ferme, et à la porte desquels elle cogne à coups redoublés. On se décide à leur ouvrir, à reculons. Et voilà que le lieutenant de Mandrin propose fort civilement, mais sous la menace de son espingole, au brigadier du «beau et bon tabac» à un prix défiant toute concurrence. Comme cet honnête serviteur de la loi n'a pas la vocation du martyre, il s'exécute ; il achète à la pire bande de truands que le royaume ait porté des ballots de denrées illégales. Ensuite, les faux-sauniers se dirigent au triple galop vers Rodez, pour trouver placardées des affiches tenant à peu près ce langage : «Il est interdit sous les peines les plus sévères d'acheter et de consommer des marchandisesde contrebande.» Les bandits s'en soucient comme d'une guigne : ils savent que dès qu'ils auront étalé leurs trésors, le peuple et les bourgeois accourront pour se procurer à moindre coût mille merveilles habituellement inabordables. Dans la foulée, après avoir tenu marché, le «capitaine» et ses hommes iront ouvrir les portes de la prison de Rodez, pour en extraire «les prisonniers du fisc,mais pas les assassins». Voilà ce qui s'appelle une justice sélective.

La renommée de Belle Humeur est parvenue jusqu'au roi, et même son portrait. Les courtisans ne tarissent plus sur cet énergumène aux airs de hobereau qui tient la dragée haute à toutes les polices du pays, qui sévit du Dauphiné au Languedoc, de la Guyenne au Lyonnais, de l'Auvergne à la Bourgogne et la Franche-Comté. Le ministre des Finances ne l'entend pas de cette oreille. On sévira. Le scélérat paiera. L'anarchie ne passera pas. Car c'est bien de la remise en cause radicale du système qu'il est question. «Il serait à souhaiter que l'on fît un exemple de cet homme dont le nom n'est déjà que trop célèbre», écrit le contrôleur général *. Eu égard aux débordements des gapians et à l'enrichissement des Fermiers qui verrouillent le pays, le «capitaine» est de l'airain dont on fait les révolutionnaires. Voltaire voit en lui une sorte de Prométhée. «Du temps de Romulus et Thésée, Mandrin eût été un grand homme. Mais de tels héros sont pendus aujourd'hui», déplore-t-il dans sa correspondance.

Et de fait, Louis Mandrin fut pendu. Enfin, comme nous l'avons vu, le mot est faible. Son arrestation est un roman. Réfugié à Pont-de-Beauvoisin, en Savoie, il se croit intouchable. Mais l'heure des Fermiers a sonné. Ils se sont fait ridiculiser par Belle Humeur ? Ils le feront tourner en bourrique. Ils arment 500 hommes déguisés en paysans et leur font passer la frontière. Le capitaine traqué s'enferme dans son château de Rochefort-en-Novalaise. Mais le plus grand ennemi de la gloire est la trahison : deux des siens le donnent. Le suzerain de Savoie, Charles-Emmanuel III de Sardaigne, apprenant l'incursion française sur ses terres, exige de Louis XV qu'il lui rende le prisonnier. Mais la farce n'a que trop duré et les Fermiers expédient le procès et l'exécution. Et c'est ainsi qu'une légende est née : «Nous étions vingt ou trente brigands dans une bande, Tous habillés de blanc, à la mode des… Vous m'entendez ? Tous habillés de blanc, À la mode des marchands.»

* «Mandrin, bandit des Lumières» de Marie Brantôme, Flammarion.


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