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FRANCFORT — Le ministre allemand de la Santé s'en est pris mercredi aux laboratoires pharmaceutiques, qu'il veut contraindre à baisser les prix des médicaments, vendus jusqu'ici à un prix libre, et très élevé, dans le pays.

Pour économiser 2 milliards d'euros sur les 30 milliards dépensés chaque année en médicaments, le ministre libéral Philipp Rösler (FDP) veut imposer à court terme "des rabais et des moratoires sur les prix", a-t-il déclaré dans un entretien au journal populaire Bild.

L'Allemagne est en effet le seul pays d'Europe, avec Malte et le Danemark, où l'industrie fixe librement le prix de ses médicaments, imposé ensuite aux quelque 170 caisses d'assurance-maladie, selon la fédération GKV qui les regroupe.

"Par la faute du législateur, les médicaments les plus vendus en Allemagne, premier marché pharmaceutique d'Europe, sont près de deux fois plus chers qu'en Suède ou au Royaume-Uni", indique à l'AFP Ulrich Schwabe, de l'Université d'Heidelberg, auteur d'un rapport annuel sur les prescriptions de médicaments.

Le ministre veut contraindre l'industrie à mener "des négociations contractuelles avec les caisses de sécurité sociale", et à prouver l'intérêt thérapeutique des nouveaux médicaments.

Ces propositions ont été vertement accueillies par les laboratoires.

Le gouvernement doit choisir entre "l'économie planifiée et l'économie de marché", et veiller à ce que l'industrie pharmaceutique conserve ses capacités de recherche, a ainsi réagi Cornelia Yzer, la présidente de la Fédération des laboratoires de recherche pharmaceutique Vfa.

Elle est toutefois favorable a une évaluation du rapport coût/bénéfice des nouveaux médicaments, comme cela se fait dans de nombreux autres pays européens.

Les propositions de M. Rösler relèvent d'une "réaction fébrile sous la pression du lobby anti-industrie pharmaceutique", a lancé de son côté le président de la Fédération de l'industrie pharmaceutique BPI.

Le ministre agit "comme si les entreprises pharmaceutiques étaient responsables des problèmes de financement des caisses d'assurance-maladie obligatoires", a ajouté Bernd Wegener.

Les remboursements de médicaments représentent un cinquième du budget des caisses, mais seulement 11% après déduction des taxes -- 19% de TVA sur les médicaments -- et des marges des grossistes, selon lui.

A l'heure actuelle, chacune des caisses d'assurance-maladie négocie ses propres rabais avec l'industrie, ce qui a permis de dégager en tout 500 millions d'euros d'économie en 2009, selon le GKV.

"Il est important de faire en sorte que les caisses d'assurance-maladie puissent négocier d'égal à égal avec l'industrie pharmaceutique", a souligné de son côté la Fédération des associations de consommateurs Vzbv.

L'initiative de Philipp Rösler est "la première de cette ampleur" de la part d'un ministre allemand, juge Hans Weiss, auteur de plusieurs ouvrages sur l'industrie pharmaceutique, dans un entretien à l'AFP.

Les laboratoires, qui réalisent des marges très élevées et ont des budgets de marketing très importants, pourraient baisser leurs prix, selon lui.

Le ministre a dit espérer une loi "au plus tard à la fin de l'année", mais pour Hans Weiss, la menace risque fort de ne pas être mise à exécution.

"En Allemagne, le lobby pharmaceutique est extrêmement bien implanté dans la vie politique", affirme-t-il.

 

AFP

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