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SOCIETE - Le préfet relit à voix haute le mail expédié par un policier, le 16 septembre au conseil régional Rhône-Alpes. « Auriez vous l'amabilité de m'indiquer si parmi votre personnel, vous avez des agents de confession autre que chrétienne ». Jacques Gérault hausse les sourcils et la voix : « On est en 1100 au moment des coirsades, là ! ». Ancien directeur de cabinet de Nicolas Sarkozy à l'Intérieur, il représente désormais l'Etat dans le département du Rhône, et tremble en tenant sa feuille. Se sentant mis en cause par le titre d'un article dans le Progrès de Lyon du matin, il veut mettre les choses au point. S'expliquer sur les circonstances dans lesquelles ce brigadier lyonnais a pu envoyer un tel mail. Le titre du journal, le matin, indiquait que tout était parti d'un ordre de la préfecture. « Quand on lit cela, s'indigne le représentant de l'Etat, on a l'impression que le préfet dirige une officine ». Il veut se démarquer, et dénoncer rudement le comportement du policier, blâmé et muté dès vendredi matin... 

il explique que le préfet délégué à la sécurité avait commandé, début septembre, une enquête expresse à la sous-direction des informations générales (Sdig), fusion de l'ex DST et des renseignements généraux. Les policiers avaient jusqu'à la fin du mois (qui coïncidait avec la fin du ramadan) pour pondre un rapport sur la radicalisation de l'Islam. Pas sur les pratiques religieuses de tous les musulmans, insiste le préfet. « La lutte contre les réseaux extrémistes est essentielle, naturelle, et elle va continuer. Mais il faut vraiment faire la différences avec l'Islam lui-même. Il faut couper ce lien, cette confusion, entre islam et radicalisme. C'est la deuxième religion de France, ce sera peut-être un jour la première et ce n'est pas mon problème. Ce sont des citoyens français. Quand on donne à penser qu'un ordre a pu partir de la préfecture, la population musulmane va encore se dire que l'on mêle tout. J'en ai d'ailleurs parlé dès jeudi avec Kamel Kabtane (recteur de la grande mosquée de Lyon, qui a saisi le Président de la République). »

L'enquête, confiée à la Direction départementale de la sécurité publique (DDSP), dont dépendait le policier, a été menée en vingt-quatre heures. Le fonctionnaire n'aurait pas mis en cause sa hiérarchie. « Il a commis non pas une erreur, mais une faute grave, faite à titre individuel, poursuit le préfet. Il a agit en dehors de toute autorisation.Ce fonctionnaire a subi deux sanctions qui prennent effet aujourd'hui, poursuit le préfet. Il a reçu un blâme qui restera dans son dossier, et il est muté hors de son service à compter de 8h ce matin. Il était important de réagir vite. La faute est lourde. La population musulmane ne doit pas se sentir stigmatisée. (...) C'est la deuxième religion de France. Elle est aussi respectable que les religions catholique, protestante, juive, bouddiste, que sais-je. Ce qui était demandé, c'est exclusivement les foyers d'islam radical »

Le brigadier sanctionné travaillait depuis trois ans aux renseignements généraux de Lyon, aujourd'hui transformés en Sdig. Il appartenait jusqu'à cette fusion au groupe « ville et banlieue », puis a collaboré à cette fameuse enquête. « Circonstance aggravante » selon Jacques Gérault, il avait prétexté dans son mail travailler pour l'association des maires de France. « Tout cela est dévoyé, dénonce le représentant de l'Etat. Je ne dirige pas un réseau de barbouzes mais des fonctionnaires de l'Etat. Dans un état de droit. »

LibéLyon

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