Partager l'article ! L'hôtel de la Marine remis à flot: Témoin de tous les grands événements nationaux, le « Balcon de l'Histoire », place de la Concorde, ...
Témoin de tous les grands événements nationaux, le « Balcon de l'Histoire », place de la Concorde, était en piteux état. Sa restauration, financée et réalisée par une entreprise privée, lui redonne tout son lustre d'origine.
Considéré comme l'un des canons de l'architecture classique, l'hôtel de la Marine a été construit entre 1757 et 1774 sur les plans de Jacques Ange Gabriel, pour accueillir dans un premier temps le Garde-meuble du roi. Les propriétés des souverains étaient très vastes et très nombreuses et, selon une vieille tradition remontant au Moyen Age, elles n'étaient meublées que lorsque ces derniers y séjournaient. Le reste du temps, meubles, tapisseries, objets et tapis précieux étaient conservés dans des salons où le public pouvait les voir à certaines dates de l'année. Tout comme il pouvait admirer chaque lundi les joyaux de la Couronne, avant que le Régent, le Sancy, le Diamant bleu, la Reine des perles et la plupart des diamants royaux (autour de 24 millions or) ne soient dérobés entre le 11 et le 17 septembre 1792.
La Révolution allait changer l'affectation de ce lieu, en y installant le haut-commandement de la Marine nationale, qui est, à ce jour, le plus ancien ministère dans ses murs d'origine.
« D'un point de vue architectural, on peut dire que le génie de Gabriel est d'avoir conçu les deux bâtiments comme une façade de théâtre délimitant un espace ouvert », déclare Etienne Poncelet-Somville, architecte en chef, en charge de superviser sa restructuration. Construite un siècle plus tôt, la colonnade de Claude Perrault était plaquée entre le Louvre et les maisons qui en encombraient les abords, et il faudra attendre les travaux de dégagement et surtout le baron Haussmann pour pouvoir l'admirer dans son ensemble. « Rien de tel avec l'hôtel de la Marine », poursuit l'architecte en chef des monuments historiques. « Aussi, jamais bâtiment de France n'aura aussi bien mérité le nom de Balcon de l'Histoire » : c'est devant son péristyle classique que sont guillotinés, le 21 janvier et le 16 octobre 1793, Louis XVI et Marie-Antoinette. Le 2 décembre 1804, l'élégante envolée de son escalier orné des attributs de la Marine accueillait les invités du bal du sacre en présence de Napoléon Ier et de Joséphine. Le 26 octobre 1836, Louis-Philippe assistait à l'érection de l'obélisque de Louqsor depuis la loggia. Entre avril et mai 1871, on s'y battait contre les barricades fermant la rue Royale. Le général de Gaulle passait sous ses balcons dans Paris libéré, le 25 août 1944...
Chaque événement a laissé sa trace dans ses pierres. Aux initiales de Louis XVI, sculptées dans les caissons des voûtes, ont succédé les niveaux de Napoléon Ier ; aux fleurs de lys de Charles X, les abeilles rétablies par Napoléon III ; la IIe République y affichera ses décorations et l'occupant allemand son efficacité... En témoigne le salon d'angle dont les volets ont été percés de meurtrières par les services de la Kriegsmarine, pour observer les mouvements sur la place de la Concorde et la rue de Rivoli.
Le poids de l'Histoire peut se révéler très lourd pour les pierres, fussent-elles renforcées d'armatures de fer, comme c'est le cas pour les colonnades de Gabriel. La façade de l'hôtel de la Marine (et notamment son péristyle) avait beaucoup souffert de l'environnement urbain : agression de la pollution, encrassement des pierres et des sculptures. Témoins des combats pour la libération de Paris, les tambours des colonnes présentaient des tâches sombres sur toute l'étendue de la façade. Sa restauration devenait urgente si l'on voulait sauver quelque chose de ce splendide bâtiment.
C'est l'entreprise Bouygues qui a pris en charge le coût et la réalisation d'une campagne de restauration qui a concerné aussi bien la partie extérieure que la loggia, les salons du premier étage, la Galerie dorée, mais aussi la charpente et la couverture du toit en ardoise, rétablie dans les dispositions d'origine. Il s'agit du plus important mécénat « de compétence » à Paris et du plus grand chantier sur ce bâtiment classé monument historique. Coût de l'opération : 6,2 millions d'euro.
Le Figaro
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