La goélette sombre, les neuf naufragés secourus
La Thö Pa Ga se rendait aux fêtes maritimes de Brest 2008. Elle a coulé au large du Finistère. Le sauvetage des neuf personnes à bord a été délicat.
BREST. - C'était l'un des fleurons attendu à Brest 2008. Thö Pa Ga, une magnifique goélette de l'île Majorque, repose par 130 mètres de fond, à 60 milles (125 km) de sa
destination. En pleine nuit, l'eau a envahi le voilier en bois datant de 1924.
« Je ne sais pas ce qui s'est passé, racontait, hier matin, Nicole Legler, la propriétaire franco-suisse du navire. La tempête était forte depuis deux jours. La voie d'eau peut être liée à un choc
avec un objet ou aux mouvements du bateau. » La goélette a pu percuter une bille de bois ou un conteneur. À moins que, sur une mer très formée, avec des creux de 4 à 5 mètres, un « bordé » -
élément de la coque - ait cédé.
« Sauvetage très difficile »
La voie d'eau était très importante. « On a vu tout de suite qu'il n'y avait pas de solution, parce qu'on n'arrivait pas à pomper toute l'eau qui rentrait », explique le capitaine du voilier,
Antonio Tur. Il a lancé un appel de détresse, capté à 2 h 30, par le Centre opérationnel de surveillance et de secours (Cross) d'Étel.
Un radeau de survie a été mis à l'eau. « Nous avons dû prendre la décision malheureuse et très dure d'abandonner le bateau, car il n'y avait pas d'autre choix », poursuit Nicole Léger, en refoulant
ses larmes. Quand l'eau a atteint le pont, les deux femmes et les sept hommes de l'équipage ont embarqué, un à un, dans le radeau ballotté par les vagues. Dans l'obscurité et sous les rafales, Thö
Pa Ga sombrait. « On l'a vu couler doucement sous voile... »
À 3 h 15, un hélicoptère Dauphin de la Marine nationale a décollé de la base de Lanvéoc-Poulmic. Après 50 minutes de vol, il était au-dessus du radeau. « Le sauvetage a été très difficile »,
commente le pilote, le lieutenant de vaisseau Loïc Caron.
Par chance un car-ferry était à proximité
Avec un pilote, un copilote, un treuilliste et un plongeur, le Dauphin ne peut embarquer que cinq personnes. Faire deux rotations jusqu'à la terre ? « C'était possible, mais il y avait un risque
que le radeau se retourne entre-temps... » Par chance, le car-ferry Pont-Aven, de la Brittany Ferries, se trouvait à proximité. Il effectuait la liaison entre le port espagnol de Santander et
Plymouth, en Angleterre. Cinq naufragés ont été déposés sur le pont du ferry qui a, ensuite, poursuivi sa route.
Le Dauphin, revenu au-dessus du radeau, a embarqué les quatre derniers marins et le plongeur. Deux heures après le décollage, l'hélicoptère était de retour à sa base. En fin de matinée, les quatre
naufragés ont été transférés à Brest par le même hélicoptère. Les cinq autres marins recueillis sur le Pont Aven devaient arriver à Roscoff mardi soir.
La goélette avait quitté les Baléares pour rallier Brest. Après avoir contourné la côte est de l'Espagne, franchi le détroit de Gibraltar, elle avait fait escale à Vigo, en Galice. Dans le golfe de
Gascogne, la navigation est devenue rude avec des vents de 30 à 35 noeuds (55 à 63 km/h). Rien d'exceptionnel pour ce voilier de 42 m. Et pourtant...
Une autre goélette majorquine, Cala Millor, suivait la même route. Elle doit arriver ce mercredi matin, à Brest. Thö Pa Ga ne sera pas là pour l'accueillir.
Ouest-France, Yannick GUÉRIN et Clara LEAL-ESTEVE.
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