Calendrier

Juin 2012
L M M J V S D
        1 2 3
4 5 6 7 8 9 10
11 12 13 14 15 16 17
18 19 20 21 22 23 24
25 26 27 28 29 30  
<< < > >>

Liens

Commentaires

Recommander

Cinéma/Films/Télévision/Théâtre


Le réalisateur américain Tom McCarthy, ici en compagnie de l'actrice israélienne Hiam Abbass, a obtenu le Grand Prix du festival de Deauville, avec "The Visitor", le 14 septembre 2008.
AP/MICHEL SPINGLER
Le réalisateur américain Tom McCarthy, ici en compagnie de l'actrice israélienne Hiam Abbass, a obtenu le Grand Prix du festival de Deauville, avec "The Visitor", le 14 septembre 2008.


"The Visitor", de Tom McCarthy, un drame social engagé qui dénonce la politique des Etats-Unis vis-à-vis de ses immigrés clandestins, a remporté dimanche soir le Grand Prix du 34e festival du cinéma américain de Deauville (Calvados). Le second long métrage de ce réalisateur qui s'était déjà fait remarquer en France en 2004 avec "The Station agent", sort le 29 octobre dans les salles françaises.

Le Prix du jury a été attribué à "Ballast", premier film de Lance Hammer.

"Il n'y avait que deux prix. Il y avait d'autres réalisateurs que nous aurions aimé récompenser. Il a fallu malheureusement faire un choix", a déclaré lors de la cérémonie de clôture la présidente du jury, l'actrice Carole Bouquet, qui s'est engagée à plusieurs reprises pour des sans-papiers en France. Onze longs métrages étaient en compétition, dont cinq premiers films.

Le festival, qui s'est ouvert le 5 septembre, a attiré près de 65 000 spectateurs cette année, soit 10 000 de plus que l'an passé.


Le Monde

Spike Lee le 6 septembre 2008 au Festival du film de Toronto
REUTERS/Mike Cassese ¦ Spike Lee le 6 septembre 2008 au Festival du film de Toronto


Une fois n’est pas coutume, Spike Lee avait le sourire après avoir reçu un hommage mérité jeudi soir au Festival de Deauville. Le cinéaste a profité de sa rencontre avec la presse pour présenter «Miracle à Santa-Anna», fresque sur le rôle des soldats afro-américains pendant la Seconde Guerre mondiale. Très engagé aux côtés de Barack Obama, Spike Lee en a profité pour défendre son poulain.


Qu’espérez-vous que votre film apprenne aux spectateurs?

Je n’espère rien! Je souhaite rendre hommage et justice aux Buffalo Soldiers, soldats afro-américains qui sont les grands oubliés de la Seconde guerre mondiale. Si certains se sentent amers, je peux comprendre pourquoi. J’aimerais que mon film leur mette un peu de baume au cœur.

Avez-vous vu «Indigènes», le film de Rachid Bouchareb?

Bien sûr et j’ai adoré. C’est un film important qui a, de plus, permis aux soldats de toucher une pension. C’est formidable qu’on puisse financer des œuvres de ce calibre et qu’elles reçoivent un accueil aussi enthousiaste. J’aimerais que mon film soit montré dans les écoles mais je crains qu’il soit trop violent pour cela.

Pensez-vous qu’un cinéaste doit être engagé?

Je ne suis pas un donneur de leçons. Chacun fait son  cœur et ses convictions. Pour ma part, je soutiens Obama à fond. Financièrement et verbalement. Ce serait génial que la Maison Blanche puisse devenir la «Maison Noire». Je croise les doigts pour que cela arrive en novembre.



20Minutes

Michel Houellebecq à Paris, le 22 février 2008

"Nul", "scénario inepte", "mise en scène inexistante": la presse a démoli dans son ensemble le film de l'écrivain Michel Houellebecq "La possibilité d'une île" sorti mercredi en salle, que le public lui même a accueilli de façon très réservée.

Avec 812 entrées pour 10 copies sur Paris-périphérie pour sa première journée d'exploitation, le film réalise, selon Ciné-Chiffres, le 24è score des films à l'affiche.

Pas facile pour un écrivain de passer à la réalisation! Le film de Houellebecq, adapté de son roman paru en 2005, était d'autant plus attendu qu'il lui a fallu près de quatre ans pour en venir à bout.

Déjà étrillé par la presse internationale lors de sa présentation mi-août au festival de Locarno (Suisse), il fait cette fois la quasi-unanimité contre lui. "A voir +La possibilité d'une île+, son premier film, il est facile de deviner que Michel Houellebecq n'est pas un cinéaste", écrit l'hebdomadaire L'Express, pour qui "il y a même des claques qui se perdent".

Pour le quotidien Le Monde, "Houellebecq échoue à adapter son roman" : "Les plus indulgents parleront d'un Ovni, les plus prosaïques d'un navet", à propos de ce "défilé d'images sans vie, montées sans rythme, sans rien".

Libération voit dans le film une "autoadaptation plus ou moins involontairement comique" du roman. Passé le premier plan, "la suite se révèle rapidement ennuyeuse à périr tout en restant indéniablement singulière, ce qui fait qu'on s'emmerde de diverses façons", note le quotidien.

"Possibilité du nul", "Impossibilité d'un film", les critiques s'amusent avec le titre de cette histoire de gourou en quête d'éternité. "Sur l'écran, l'éternité semble très longue, même si elle ne dure qu'une heure vingt-cinq", écrit Le Figaro qui "plaint les ouvreuses" qui verront le film plusieurs fois.

Michel Houellebecq n'a accordé que de rares interviewes pour la sortie de son film. Il peut quand même compter sur la solidarité de quelques confrères écrivains, peut-être tentés eux-mêmes par la réalisation.

"J'ai bien aimé... C'est un Ovni!", "pas formaté. Atmosphérique et étrange", déclare le romancier et critique Frédéric Beigbeder, qui s'est entretenu avec l'écrivain pour le magazine "GQ". Seul de la presse française, son collègue Patrick Besson y voit "une expérience réussie" dans l'heddomadaire VSD. "C'est un premier film. Un premier film d'écrivain. Donc une expérience", résume-t-il.

AFP


L'ancien président tchèque Vaclav Havel et le cinéaste américain Milos Forman, le 16 janvier 1998 à Prague

Le cinéaste américain d'origine tchèque, Milos Forman, et l'ancien président tchèque Vaclav Havel, préparent en commun un film sur l'accord de Munich par lequel les Occidentaux ont livré en 1938 la Tchécoslovaquie à Hitler, rapporte jeudi la presse tchèque.

M. Havel, ancien dramaturge-dissident et chef de l'Etat en 1989-2003, écrit le scénario d'après le roman "Le fantôme de Munich" du journaliste et écrivain français Georges-Marc Benamou, précise le quotidien Dnes.

Les services de M. Havel à Prague ainsi que Martina Formanova, l'épouse de M. Forman ("Taking Off", "Hair", "Vol au dessus d'un nid de coucou", "Amadeus", "Valmont", "Larry Flynt" ou "Man on the Moon"), ont confirmé à Dnes l'information sur la préparation du film, sans toutefois fournir d'autres détails.

Préfacée par M. Havel, la traduction tchèque de l'ouvrage de Georges-Marc Benamou sortira à Prague la semaine prochaine, à l'occasion du 70e anniversaire de la conférence de Munich (29-30 septembre 1938), a de son côté annoncé la maison d'édition "Paseka".

"L'accord de Munich a marqué et a influencé pour de longues décennies l'atmosphère dans notre pays et son histoire. C'est pourquoi il est important qu'il représente un thème durable pour notre réflexion", écrit dans sa préface l'artisan de la "révolution de velours" à Prague en 1989.

L'accord de Munich a été signé entre l'Allemagne nazie, la France, la Grande-Bretagne et l'Italie, représentées respectivement par Adolf Hitler, Edouard Daladier, Neville Chamberlain et Benito Mussolini. Le président de la Tchécoslovaquie d'alors, Edvard Benes, n'a pas été invité.

Le roman de Georges-Marc Benamou raconte l'histoire d'une jeune journaliste américaine d'origine tchèque qui veut percer l'énigme de l'accord de Munich en retrouvant vers la fin des années 1960 l'ancien président du conseil français Edouard Daladier (1884-1970).

AFP



Reuters
Deauville. Spike Lee alerte le festival et plonge dans la Seconde Guerre mondiale


ACannes, Spike Lee fit un sac en jugeant que Lettres d’Iwo Jima, de Clint Eastwood, était raciste au motif qu’on n’y voyait pas de soldat noir. Le tapage servait aussi de bande-annonce au propre film de Spike Lee, Miracle à Santa Anna (sortie le 22 octobre), consacré à la même Seconde Guerre mondiale, mais pendant la campagne d’Italie.

Au vu de sa présentation, hier à Deauville, poser la question de la race à propos d’un film serait plus que jamais grotesque et douteux. Miracle à Santa Anna n’est ni un film de Noir ni un film de Blanc, mais un bon gros film de nationalité hollywoodienne. A ce titre, ni Eastwood ni Spielberg (à qui l’on pense plutôt) ne le renieraient. Un film de guerre, un film de genre. Où, cependant, le point de vue usuel est renversé, ce qu’indique pédagogiquement une des premières scènes.

Désabusés. A New York, dans les années 80, un vieux monsieur noir regarde le Jour le plus long à la télé, une scène avec John Wayne. Et de cracher entre ses dents : «Nous aussi, on est morts pour la patrie.» Suite au meurtre mystérieux d’un vieil homme blanc par ce vieil homme noir, l’intrigue prend la forme d’un retour en arrière explicatif. Qui nous parachute en Toscane en 1944, au cœur des Buffalo soldiers, bataillon exclusivement composé de Noirs, mais commandé par un Blanc.

Et l’on apprend à cette occasion ce qu’on ne sait pas assez. Que les «nègres» étaient prioritairement envoyés au casse-pipe contre l’armée nazie. Le récit se concentre sur quatre troufions largués dans la cambrousse suite à une attaque foirée. Parmi eux, notre vieux monsieur, redevenu jeune. L’intelligence de Spike Lee tient à sa façon de rappeler que la question noire n’est une bonne question que si on la pose aussi aux Noirs. Dans la bande des quatre, le débat à cet égard est intense, entre les patriotes sincères qui défendent la démocratie américaine, et les désabusés de cette même démocratie, qui n’en voient que le défaut majeur, son caractère fondamentalement blanc et raciste. Ce qui n’empêchera pas les désabusés d’être héroïques. La crédibilité de ces rapports houleux tient à l’excellence des quatre acteurs dégottés par Spike Lee, avec mention plus que spéciale à Omar Benson Miller (le soldat Train), sorte de nouveau Forest Whitaker, qui compose un sensationnel personnage de gros bébé allumé. Le contrepoint des «indigènes» toscans, confrontés à l’apparition quasi féerique (donc un brin terrifiante) de soldats noirs en uniforme de l’US Army, est bien trouvé aussi. (Ce film parle-t-il des nombreux viols commis par les GI'S noirs, que ce soit en Normandie ou en Italie ??)

D’autant que cet autre regard se focalise sur Roberto, un gamin italien un tantinet fabuleux lui aussi (il dialogue sans cesse avec un double invisible), et qui se vit bientôt en Pinocchio du gros soldat Train. Le reste sert son quota de scènes de canardage avec les «boches», de séquences émotion qui piquent les yeux, de romance avec une belle Italienne, et de bonnes blagues. Un officier supérieur interroge par radio nos quatre paumés : «Où êtes-vous ? Qui est avec vous ?» Et un des soldats noirs de répondre : «Avec le grand orchestre de Cab Calloway.» A vouloir tout expliquer et tout sauver (y compris un «bon» soldat allemand), Spike Lee se perd parfois dans les méandres du pourquoi-du-comment, qui plus est aspergé d’eau bénite. Mais il reprend la main, et nous glace quand il balance la vraie nature du «Miracle» du village de Santa Anna. Un Oradour-sur-Glane italien, une atrocité qui rappelle que le genre humain est un drôle de genre, ni noir ni blanc.


Libération

 

A ce sujet :

 

 


Honoré, à la surprise générale, par un ours d’or au festival de Berlin en février (jury présidé par Costa-Gavras), poursuivi par sa réputation du film le plus applaudi, piraté et controversé de l’histoire du cinéma brésilien, Tropa de Elite décrit le sale boulot des escadrons de la Bope, l’unité spéciale de la police de Rio chargée de combattre à la fois la corruption dans les rangs des flics de la ville, et la criminalité endémique des favelas tenues par les gangs du narcotrafic.

Speedé. Portant pour insigne sur leurs uniformes noirs une tête de mort traversée d’une dague, ces Robocops inflexibles tirent indifféremment sur leurs collègues ripoux et tout ce qui ressemble, de près ou de loin, à un dealer en tongs. Fiction d’un cynisme évasif prônant l’adoration du machisme «en uniforme de style SS» selon le Guardian, «film de recrutement pour voyou fasciste» pour Variety, Troupe d’élite a suscité les commentaires dégoûtés de nombreux critiques, notamment anglo-saxons, pourtant habitués avec les films d’action hollywoodiens aux roulages de mécaniques et à la subtilité zéro. Mais il faut reconnaître que ce thriller speedé, nourri de l’expérience de l’ex-capitaine Rodrigo Pimentel, ancien des Bope, et coproduit par les frères Weinstein, n’est pas encadré par les précautions politiquement correctes que s’assignent, bon an mal an, les scénaristes et cinéastes américains. Les commissariats sont représentés comme un repaire de minables sous-payés arrondissant leurs fins de mois en rackettant les commerçants ou en trempant directement avec la mafia; les membres des ONG œuvrant dans les favelas sont de ridicules idéalistes obligés de pactiser avec des caïds dotés, croient-ils, d’une «conscience sociale» en dépit des crimes qu’ils commettent au grand jour ; les étudiants sont des «sales bourgeois», «espèces de merdes» fumeurs de joint finançant, par leur hédonisme béat d’enfants nantis des beaux quartiers de Copacabana et de Leblond, la misère criminogène des favelas.

Face à cette chienlit, le capitaine du Bope, Nascimento (Wagner Moura) a les nerfs qui commencent à craquer, d’autant qu’il va bientôt être père. C’est lui qui parle et qui commente toutes les scènes en voix off horripilante, lâchant quelques perles du genre «il ne se doutait pas qu’à côté de moi, le commandant était une gonzesse» ou, à propos du stage hardcore de formation des nouvelles recrues : «Nos hommes sont formés à coups de poings […] Même en Israël, c’est pas aussi poussé.»

Pardon ? Le film pourrait à la limite se défendre, dans sa première partie, comme description documentée de l’accumulation des dysfonctionnements qui font de Rio aujourd’hui l’une des villes les plus dangereuses au monde.

José Padilha avait fait un premier montage du film avant de décider avec le script doctor Braulion Mantovani (qui avait participé au scénario de la Cité de Dieu), d’entièrement revoir la copie, ajoutant notamment la voix off. D’évidence aussi embarrassé par les cris de joie provoqués par les séquences de tortures de dealers dans les salles brésiliennes, que par les réactions horrifiées d’une bonne partie de la presse occidentale, Padilha s’est réfugié derrière le paravent du film qui suscite le débat. Mais on se pince quand même à plusieurs reprises, notamment quand Nascimento dégage un aspirant Bope au bout du rouleau : «Que les faibles et les corrompus aillent au diable… Ta place est du côté des putes, des macs ou dans les cliniques d’avortements.» Pardon ? A ce niveau de connerie en barre (sic), il n’y a manifestement plus de pilote dans l’avion, et Troupe d’élite se termine ainsi, en hachis parmentier mental pour tous les nostalgiques des dictatures sud-américaines. (ça vous emmerde hein ?)

Libération


Emmanuelle Béart et son mari

La sublime interprète de la Belle Noiseuse a épousé le 13 août en Belgique son compagnon, l'acteur français Michael Cohen, selon le site internet du journal belge La Dernière-Heure.

Le mariage civil s'est déroulé à Genappe, dans le Brabant wallon (sud de Bruxelles), lors d'une cérémonie «tout à fait confidentielle», précise le journal belge.



Les deux comédiens se sont rencontrés sur le plateau du film de Thierry Klifa Le Héros De La Famille, sorti en 2006. À 37 ans, Michael Cohen a joué dans une trentaine de films et de séries télévisées.


Le lendemain, Emmanuelle Béart a soufflé ses quarante-cinq bougies avec son clan, dans sa maison en Belgique, où elle aime passer ses vacances auprès de sa grand-mère, vieille dame de cent quatre ans, si digne et si libre, son «amoureuse», comme elle dit. Dans un article paru dans Gala le 30 juillet dernier, Jeanne Bordes écrivait à ce sujet qu’Emmanuelle s’épanouissait «au sein de cette «tribu où l’on sait s’aimer, se le dire, jusque dans les excès, où l’on sait se fâcher, rire, se pardonner. Tout lui plaît dans cette vie qu’elle a su construire avec Nelly, seize ans, la fille qu’elle a eue avec Daniel Auteuil et Johan, douze ans, son fils avec David Moreau.(…). Jusqu’à cette présence masculine, Michaël Cohen, qui, en deux ans, a su naturellement se faire une place.


En commun, ils ont la passion du cinéma. Projettent même de tourner ensemble. Il adaptera et mettra en scène son roman, Ça Commence Par La Fin. Elle y jouera. «C’est une énergie en plus, avoue-t-elle, l’énergie de création de couple.» Aimer comme ça ? «Je ne pensais plus que ça m’arriverait avec le sentiment de la première fois, avec la naïveté, la violence des premières fois», a-t-elle déclaré.



GALA

À contre-courant d’une opinion oublieuse, cet ancien cameraman de l’armée d’Indochine n’a cessé de rendre hommage aux soldats de la France du grand large et aux valeurs dont ils furent les hérauts.

Le visage las de Bruno Crémer toise la jeune journaliste venue questionner le colonel du Sdece sur l’un de ses anciens frères d’armes de la guerre d’Indochine, le général Cao Ba Ky ; désabusé, le vieux soldat lâche, entre deux bouffées de cigare : «Tout ce que je peux dire sur Cao Ba Ky fait ricaner aujourd’hui : honneur, courage, devoir, fidélité… »

L’immense défi de la carrière de cinéaste de Pierre Schoendoerffer aura été celui-ci : rendre vivantes à l’écran, une dernière fois peut-être, ces valeurs fanées dont les lointains échos mouraient avec les souvenirs des ultimes tragédies de l’armée française, en Indochine ou en Algérie. Non pas pour défendre ces valeurs en elles-mêmes – des valeurs qu’on soutient sont des valeurs qui tombent, pourrait-on dire en paraphrasant Rivarol – mais par fidélité à ses camarades disparus qui les ont fait vivre et qui en ont vécu.« Je suis un survivant, je suis donc un débi- teur », disait Schoendoerffer à l’époque du tournage de Diên Biên Phu. Un débiteur qui, obsédé par la parabole des talents, essaiera toujours de rendre plus qu’il n’a reçu. Dût-il, pour cela, naviguer inlassablement à contre-courant, au rebours des modes, des engouements fugaces d’une modernité papillonnaire, d’une morale chaque jour plus envahissante de la réussite et de la rentabilité.


À contre-courant, Pierre Schoendoerffer le fut tout au long d’une existence où rien ne semble devoir être aux normes. Cet Alsacien naît le 5 mai 1928 à Chamalières : sa famille a quitté l’Alsace en 1871 pour ne pas devenir allemande. Ses parents se sont rencontrés à Strasbourg en 1919 lors de la cérémonie célébrant le retour de l’Alsace à la France. Comme le dit sobrement Schoendoerffer : « Ça oblige. » Une scolarité difficile (l’enfant est dyslexique) débouche sur une porte de sortie à la logique toute schoendoerfferienne : l’Alsacien du Puy-de-Dôme, qui n’a jamais vu la mer, décide d’être marin pêcheur – il faut dire que la lecture de l’Île au trésor de Stevenson et de Fortune carrée de Kessel est passée par là. En 1947, il se fait embaucher sur un caboteur de haute mer suédois.Mais une nuit de quart, petite bougie sous les étoiles, le jeune marin s’avise qu’il veut être un créateur, raconter des histoires. Sa scolarité déplorable semble lui fermer la voie de l’écriture. C’est décidé : ce sera le cinéma.Mais ce milieu professionnel n’est pas forcément le plus accueillant aux jeunes provinciaux sans expérience ni relations. Dans le Figaro, Schoendoerffer apprend la mort de Georges Kowal, cinéaste aux armées, tombé au Tonkin. Il décide de partir le remplacer : « Toutes les portes étaient fermées, mais celle-là, personne ne me la disputait. » Emprunter la porte étroite n’est pas pour effrayer celui qui a déjà fait sienne la prière trouvée en 1942 sur le corps d’un parachutiste de la France libre :«Donnez- moi, mon Dieu, ce qui vous reste. Donnez-moi ce que l’on vous refuse. Je veux l’insécurité et l’inquiétude. Je veux la tourmente et la bagarre. Et que vous me les donniez, mon Dieu, définitivement. Que je sois sûr de les avoir toujours, car je n’aurai pas toujours le courage de vous les demander. »

En 1952, Schoendoerffer part donc pour l’Indo. Parachuté à Diên Biên Phu pour le service cinématographique des armées, il y est fait prisonnier.Sur cette captivité, Schoendoerffer restera toujours discret, mais ne manquera pas de l’évoquer dans ses films en y incluant des images de survivants, aussi maigres que les rescapés d’Auschwitz, et en évoquant les terribles pressions morales auxquels tous furent soumis : « J’ai découvert en moi, fera-t-il dire au Crabe Tambour, tout ce que je déteste.Un chien qui veut vivre à tout prix. » Libéré après quelques mois et une tentative d’évasion manquée, le jeune homme devient grand reporter pour Paris Match ou Time. Dès 1956, après quelques courts-métrages, il tourne son premier long-métrage, la Passe du diable, un récit afghan écrit par Joseph Kessel. Entièrement raconté par un narrateur, le film, récit de l’odyssée d’un gamin pour venger son frère humilié lors d’une joute, souffre d’être un documentaire déguisé, mais pose déjà les bases de l’univers du cinéaste : l’attrait pour les horizons lointains et les civilisations traditionnelles, le sens de la solidarité et de l’honneur, l’attention au destin.

Toujours littéraire, Schoendoerffer adapte ensuite Loti avec Ramuntcho (1958) et Pêcheur d’Islande (1959), premier hommage rendu par le cinéaste aux marins pêcheurs dont il a partagé la vie durant deux ans (on les retrouvera dans le Crabe Tambour). Dans ces trois films photographiés par Raoul Coutard, le cinéaste fait ses gammes, en attendant de s’attaquer à des sujets plus personnels, qui transcenderont sa forme, plutôt classique. D’abord refusé par tout le monde,au point que le scénario fut transformé en un roman dont le succès seul permettra au film de se monter, la 317e Section (1964) restera comme son plus beau film. Tourné au Cambodge avec trois bouts de ficelle, mais magnifié par la photo sublime de Raoul Coutard, la 317e Section est tout simplement l’un des plus beaux films de guerre jamais tournés. Filmé à hauteur d’homme, ce récit de la décomposition, au fil d’une retraite dans la jungle indochinoise, en marge du désastre de Diên Biên Phu, d’une section de soldats de l’armée française, est d’un réalisme saisissant.Schoendoerffer sait de quoi il parle, et ça se voit.

Symboliquement, la série de films consacrés aux convulsions finales de notre présence lointaine qu’ouvre la 317e Section débute par une image de Jacques Perrin en train d’amener les couleurs françaises, sous le regard de civils vietnamiens abandonnés à euxmêmes par la débâcle française. Sans discours, sans moralisme, le cinéaste pose par touches légères sa vision de la guerre d’Indochine : non pas une guerre coloniale, mais une guerre menée aux côtés des Vietnamiens pour leur indépendance (Schoendoerffer aime à rappeler le mot de De Lattre selon qui son fils, mort au combat en Indochine, n’est pas mort pour la France, mais pour le Viêtnam) ; un sacrifice désintéressé de ce que la jeune génération française comptait de plus noble et de plus courageux ; un adieu à la France du grand large, une France qui croyait encore en sa vocation universelle, à sa mission de civilisation, et ne se contentait pas d’en faire des discours, mais l’assumait par les armes et par le sang.

La guerre que décrit Schoendoerffer n’est pas la “sale guerre” dont la métropole a trop facilement pris honte pour mieux oublier le sacrifice inutile imposé à ses soldats, mais une guerre généreuse, menée au nom de la liberté et d’un idéal de civilisation. La guerre qu’il montre n’est pas seulement ce torrent de boue, de sang et de larmes auquel la réduit souvent le cinéma, mais aussi le terreau d’une active solidarité entre les êtres, l’occasion pour eux de prendre la mesure non seulement de qui ils sont, mais aussi du lien d’amour (oui, d’amour) qui les relie à leurs semblables. En rendant hommage à la noblesse de ses personnages, Français ou Vietnamiens combattant côte à côte, Schoendoerffer accomplit non seulement un devoir de vérité, mais aussi un devoir de fidélité vis-àvis de ceux qu’il a vu tomber à Diên Biên Phu.

La fidélité, le cinéaste va également la manifester à l’égard de ses acteurs.Au centre de cette “section Schoendoerffer” qu’on va retrouver de film en film, le visage éternellement juvénile de Jacques Perrin, incarnation parfaite de la pureté qui tente de se préserver au milieu de l’horreur, figure de l’idéal pris au piège de situations atroces et inextricables où l’on est bien forcé de se salir les mains, où il faut tenter pourtant de maintenir intact l’honneur en songeant à La Hire, le compagnon de Jeanne d’Arc, cité dans le testament du capitaine Caron de l’Honneur d’un capitaine : « J’ai fait tout ce qu’un soldat a l’habitude de faire. Pour le reste, j’ai fait ce que j’ai pu. »

Si Bruno Crémer, l’ancien “malgrénous” de la 317e Section, incarnera le soldat perdu d’Objectif 500 millions, ancien de l’OAS ayant basculé dans le gangstérisme, Jacques Perrin sera la figure centrale et légendaire du Crabe Tambour (1977). Inspiré de la figure du lieutenant de vaisseau Guillaume, le Crabe Tambour, figure mythique de la guerre d’Indochine passé au putsch en Algérie, incarne la mauvaise conscience d’une armée dont les soldats, quels que soient les choix qui les ont divisés et parfois opposés, partagent la même conscience d’être les victimes sacrificielles de choix politiques absurdes et, au-delà, d’un divorce sournois entre la France et ses armées.Mais ce film est aussi une merveilleuse méditation sur l’honneur, la dignité, l’amitié par-delà les choix fratricides, la pudeur des sentiments et cette fameuse parabole des talents qui ne cesse de hanter le protestant Schoendoerffer. « Toute ma vie j’ai monté la garde, dit le commandant au seuil de la mort joué par Jean Rochefort. J’ai fait ce que j’ai cru être bien.Mais dites-vous bien que rien n’est jamais acquis. À tout moment on peut trébucher. » Et encore : «Qu’il nous soit fait selon notre foi.Notre foi en la rectitude de nos choix. »

Cette ligne de crête à tenir entre la pureté et l’impuissance, elle est au coeur de l’Honneur d’un capitaine (1982), où le destin du capitaine Caron (Jacques Perrin) est l’occasion de poser, sans manichéisme, la question de la torture en Algérie. Un film d’une honnêteté scrupuleuse qui rend dérisoire tous ceux réalisés sur le même sujet récemment, de Mon colonel au ridicule l’Ennemi intime, qui avait le culot de s’en réclamer. Deux films encore, hélas bien moins réussis et qui ne semblent plus se soucier d’être compris par un public dont la connaissance de ces guerres lointaines s’amenuise de jour en jour (« Tout ça n’intéresse personne », lâche Bruno Crémer dans Là-haut), bouclent encore ce requiem pour la France du grand large qui, pour Schoendoerffer, est morte à Diên Biên Phu. Diên Biên Phu (1991) souffre d’un scénario mal fichu et, tourné pour rendre hommage aux combattants, ne parvient jamais à les incarner en des personnages vivants.Malgré tout, le film réussit à faire passer une émotion et l’admiration du cinéaste pour ces hommes, ses camarades, ces soldats venus des quatre coins d’un « vieil empire colonial moribond », volontaires pour se faire parachuter sur cette ultime bataille tout en pressentant mystérieusement qu’elle est perdue : « Un soldat accepte ce qu’il y a à faire pour remplir sa mission, explique à un journaliste américain le capitaine incarné par Patrick Catalifo. C’est notre honneur. Seulement, un soldat a horreur qu’on l’envoie à la mort pour rien, par connerie, par incompétence, par veulerie. Ça nous dégoûte. Réaction de professionnels. On n’aime pas être gaspillés. Tous ces gars-là vont être gaspillés. Du pain pour les canards. Et ils le savent tous. Tous ! Et pourtant ils sont volontaires pour se faire gaspiller une dernière fois. Ils se bousculent au portillon ! » C’est aussi que les personnages de Schoendoerffer savent bien que la mort n’est pas le dernier mot de la vie, que « le sacrifice de l’honneur » est plus terrible encore que celui de la vie, qu’il y a « là-haut » des choses qui doivent être bien considérables « pour agiter ainsi le coeur de l’homme ».

Là-haut (2002), film trop statique, manquant de moyens, est néanmoins un émouvant retour de Schoendoerffer sur son propre univers, mis en perspective par des flash-back où l’on retrouve ses acteurs fétiches – Perrin, Crémer, Rich, Dufilho – au temps de leur jeunesse.Manière pour le cinéaste de revenir une fois encore sur le devoir de fidélité, sur cette difficulté d’être un survivant, sur le travail quotidien pour garder vivant en soi l’écho de ceux qui ne sont pas revenus, malgré l’indifférence générale, la routine journalière, ses propres talents qu’on doit faire fructifier. « J’ai fait tout ce qu’un cinéaste a l’habitude de faire, paraphrase Schoendoerffer. Et pour le reste, j’ai fait ce que j’ai pu. » Il aura réussi, en tout cas, par une filmographie cohérente et qui ne ressemble à aucune autre, à installer, au coin d’une époque qui ne semble plus soucieuse que de confort et d’oubli, une oeuvre empreinte des plus hautes considérations morales, qui est comme un éclatant signe de contradiction.


Laurent Dandrieu

Valeurs Actuelles

Un film au budget colossal de 185 millions de dollars, en partie tourné en Imax (photo Stephen Vaughan/Warner Bros)Un film au budget colossal de 185 millions de dollars, en partie tourné en Imax (photo Stephen Vaughan/Warner Bros)


Thriller sombre et majestueux, le film de Christopher Nolan révèle la face sombre d'une Amérique en proie au doute.

» INTERVIEW - Christian Bale : «Mon père, ce héros !»

» Heath Ledger fait du Joker un terrifiant psychopathe

» Retrouvez les séances de « The Dark Knight, le chevalier noir » à Paris/IDF avec le FigaroScope

C'est le Batman de la démesure. En pénétrant dans l'immense salle du complexe cinématographique The Bridge, à Los Angeles, qui possède le plus grand écran du monde (62 mètres de haut sur 82 mètres de large), on se croirait assis devant une façade d'immeuble. A l'entrée de la salle on a pu admirer une monstrueuse caméra Imax, 65 millimètres, qui donne une idée de la démesure du projet du cinéaste Christopher Nolan.

Après le succès, il y a trois ans, de Batman Begins, du même Nolan avec Christian Bale dans le rôle de Batman, voici que sort le deuxième volet de la saga mettant en scène deux supervilains emblématiques de la bande dessinée créée par Bob Kane en 1939 : le Joker (Heath Ledger) et Harvey Dent/Double Face (Aaron Eckhart). Ce deuxième film remet donc en selle la franchise Batman, après les deux légendaires films de Tim Burton (Batman, 1989 et Batman : le défi, 1992) suivi de séquels signés Joël Schumacher assez insignifiants (Batman Forever,1995 et Batman et Robin,1997).

Avec un budget de 185 millions de dollars, la firme Warner a beaucoup investi dans ce titanesque long-métrage. A raison semble-t-il.

Toute l'équipe du film Batman The Dark Knight, est déjà installée dans les 700 fauteuils de la salle. «Six séquences du film ont été tournées en Imax, précise Christopher Nolan. Cela faisait longtemps que je voulais le faire. Je voulais retrouver les sensations primitives du cinéma, car l'image Imax est beaucoup plus immersive pour le public. L'image est d'une clarté, d'une netteté fascinante. Plus nette, plus piquée, plus contrastée, plus riche en couleurs, qu'on voit le film sur écran Imax ou écran traditionnel.»

Quand le noir se fait, on attend de voir. Le générique défile sur un simple écran horizontal. On se dit que, tout compte fait, ce n'est pas si impressionnant que cela. Mais une explosion de fumée bleutée envahit l'écran. L'instant d'après, lorsque débute le film, on se retrouve plongé au cœur de l'action, en plein ciel, face à un building qui se rapproche dangereusement… Avec l'impression d'être redevenu un enfant face à un écran trop grand pour lui.

 

Aaron Eckhart, dans le rôle du procureur Harvey Dent (photo Stephen Vaughan/Warner Bros).
Aaron Eckhart, dans le rôle du procureur Harvey Dent (photo Stephen Vaughan/Warner Bros).

 

Cette première scène tournée en Imax dure six minutes. Une séquence de braquage d'anthologie qui met en place un nouveau personnage nommé le Joker.

Le reste du film est aussi impressionnant que cette somptueuse séquence d'ouverture, exaltant l'univers apocalyptique de Nolan, sans trahir l'esprit du «comic book» de Frank Miller, Batman The Dark Knight ou The Killing joke d'Alan Moore et Brian Bolland.

Dans ce nouvel épisode, Bruce Wayne alias Bruce Wayne (Christian Bale) poursuit sa croisade contre le crime. Avec l'aide du lieutenant Jim Gordon (Gary Oldman) et du procureur Harvey Dent (Aaron Eckhart) véritable chevalier blanc de Gotham, il entreprend de démanteler les organisations criminelles de Gotham. L'association s'avère efficace, mais le trio se heurte bientôt à un nouveau génie du crime qui sème la terreur et le chaos : Le Joker (Heath Ledger). «La nature de ce film est plus sombre que tous les précédents, explique le réalisateur de 38 ans, à qui l'on doit quelques petits chefs-d'œuvre tels que The Following, Memento ou encore Insomnia. En fait, je n'ai pas fait un film de superhéros. J'ai tenté de raconter une histoire extraordinaire. Et j'avais besoin de me sentir libre de le faire, donc d'élargir la focale du film.» De fait, tout est plus grand que nature dans Batman Le chevalier noir, les personnages, les images, l'action, les batailles, les poursuites, les décors. Le britannique Nolan a d'ailleurs tourné à Chicago, ville chérie de son enfance où il a longtemps vécu, et qu'il a transformé pour la deuxième fois en Gotham City, la ville du «Caped Crusader.» Quand on lui fait remarquer que l'affiche du film, le thème musical du Joker ou l'explosion d'un bâtiment au cœur du film évoque sans la tragédie du 11 septembre, il répond sobrement : «Je ne pense pas que Bob Kane ait prédit la tragédie du 11 septembre. Le conflit entre l'anarchie, le chaos et la loi et l'ordre sont des concepts très présents dans la culture occidentale.» Et son frère Jonathan Nolan, également scénariste sur le film de poursuivre : «Je crois qu'effectivement on n'avait pas évoqué l'anarchie et le chaos au cinéma depuis longtemps. Il n'empêche, le Joker, véritable agent du chaos, n'a pas de plan, tandis que les responsables de l'effondrement des Twins towers, le 11 septembre 2001, avaient bel et bien un objectif ! En cela, je trouve que le Joker est plus effrayant que les terroristes kamikazes d'al-Qaida !»

Quoiqu'il en soit, Batman The Dark Knight porte bien son titre. Autant Superman, né un an avant Batman, incarne le côté brillant de l'Amérique, autant Batman représente la face sombre des États-Unis, qui rejaillit à chaque mauvaise passe. «Christophe Nolan a réussi le tour de force de signer un film d'auteur à partir de ce que l'on appelle ici un «pop-corn movie»», estime le comédien gallois Christian Bale, interprétant pour la deuxième fois le personnage du Chevalier Noir. Nolan signera-t-il un troisième film ? Même s'il ne tient pas à répondre pour l'instant, il semble évident qu'après un deuxième acte aussi prodigieux, le sombre opéra de Batman conçu par le réalisateur du Prestige verra son troisième volet mis en chantier… tôt ou tard.

 

La bande-annonce

 

 

 


La téléréalité impose-t-elle ses codes à la société tout entière, jusque dans les collèges? La réponse ne fait aucun doute pour Véronique Bouzou, prof de français depuis une dizaine d’années, auteure d’un essai intitulé «Le vrai visage de la téléréalité» (7,5 euros, éd. Poches Jouvence). Selon elle, les Star Ac’, Ile de la tentation et Secret Story
sont l’une des causes du malaise. Interview.

Quelles conséquences a, selon vous, la téléréalité sur les élèves?
En début d’année scolaire, lorsque je demande à mes élèves ce qu’ils veulent faire plus tard, ils répondent «je veux devenir star». Star, en soi, ça ne veut rien dire! On est une star dans un domaine précis: la musique, le cinéma, etc. Ce sont les programmes de téléréalité qui engendrent cette formulation, car on n’y récompense pas le mérite mais des illusionnistes prêts à tout pour se faire connaître.

Ce qui fait rêver les élèves, c’est de passer à la télé, seul moyen d’exister pour eux. Du coup, ils ne voient plus à quoi cela sert d’étudier et préfèrent avoir un diplôme de la Star Ac’ plutôt que le bac. C’est une remise en cause complète de l’enseignement.

Dans votre essai, vous parlez de «faillite de l’autorité» des enseignants. Or les candidats sont très dociles face aux ordres donnés par la production des programmes. C’est donc qu’ils savent obéir?
Dès que les élèves sont filmés, ils sont prêts à vendre père et mère. Ils changent de comportement dès qu’ils sont face à une caméra. Si j’en mettais une dans ma classe, peut-être travailleraient-ils davantage?

Vous dites que la téléréalité provoque un appauvrissement du langage des élèves. Est-ce vraiment le fait de la télé ou le résultat, plus général, d’une lente érosion?

Certes, la paupérisation du langage était déjà notable avant le premier «Loft Story», en 2001. Mais la téléréalité a accentué le phénomène. La faiblesse du vocabulaire employé est flagrante. Tout est toujours «trop bien» dans la bouche des candidats. En classe, idem. Quand on étudie un texte en cours, il arrive que des élèves de 4e demandent le sens du mot «obscurité».

Or quand on supprime la richesse du langage, on supprime les concepts, et par conséquent, la pensée. C’est à ce moment qu’intervient la violence…

La violence dans les collèges est le fruit de la téléréalité?
Puisque les ados ne peuvent plus se défendre en argumentant avec des mots, ils s’insultent et en viennent au physique.

La téléréalité ne permet-elle pas aux élèves de mieux comprendre les mécanismes de production d’émission, la place du montage, de l’image?
Je ne crois pas. Ils restent très passifs devant la télé et ne décryptent pas les images. Si on les laisse seuls devant l’écran, ils ne développent aucun esprit critique. C’est la mission des professeurs de montrer comment la production peut manipuler le déroulement de l’émission ou d’expliquer le rôle des chauffeurs de salle…

Contact - C.G.U. - Signaler un abus - Articles les plus commentés